Page:Revue d’économie politique, 1898, A12.djvu/142

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ne le sont pas d’être utilisés dans une autre, et aussi qu’ils s’usent par le fait du service qu’ils rendent puisqu’en raison de leur nature même, cette usure va jusqu’à la disparition complète. Ceux-là ne sauraient à aucun prix être loués en nature.

Le capital, tel qu’il a été défini en tant qu’objet du crédit, ne s’identifie donc pas avec l’ensemble des capitaux mobiliers. Il comprend quelque chose de moins, savoir les capitaux mobiliers qui sont entre les mains de leurs propriétaires ou qui ont été loués en nature, et quelque chose de plus, savoir les revenus qui ont été loués (en monnaie).

3. Mais la différence de forme entre la location en nature des terres et des facultés personnelles et le prêt en monnaie de certains capitaux fixes ou circulants est surtout importante en raison de la différence de fond à laquelle elle correspond entre la position des propriétaires fonciers et des travailleurs et celle des capitalistes. La terre du propriétaire foncier, les facultés personnelles du travailleur sont toujours là, persistant à travers les phases de la production et distinctes des autres éléments de cette production. Elles ne sont ni transformées, ni confondues, ni usées ; et, bonnes pour l’entreprise, elles le seront pour cent autres entreprises ou semblables ou différentes. Au contraire, tous les capitaux empruntés à tous les capitalistes ont été comme fondus ensemble, puis transformés en machines, outils, en matières premières, employés en fermages, salaires et intérêts, usés ou consommés. De toute cette combinaison sont résultés des produits agricoles, industriels ou commerciaux. Ces produits sont-ils bons, sont-ils mauvais ? Se vendront-ils, resteront-ils en magasin ? Vendus à crédit, seront-ils payés ? Et, si l’entreprise doit s’arrêter et liquider, que vaudra le matériel, que vaudront les marchandises, que vaudront les créances ? Un certain nombre de capitalistes ont prêté 100,000 fr. à un entrepreneur. Cet entrepreneur ne réussit pas et, en conséquence, ne paie pas ce qu’il doit aux échéances ; on arrête son entreprise pour la liquider. Les propriétaires reprennent leurs terrains et leurs locaux, les travailleurs vont porter chez un entrepreneur voisin leurs bras, leurs capacités, leurs aptitudes. Restent les capitalistes en face d’un actif se composant d’un matériel usé sans avoir été amorti et hors d’état d’être utilisé soit dans une autre industrie, soit dans une autre entreprise de la même industrie, de matières premières achetées trop cher ou mal choisies, de marchandises mal fabriquées ou revenant à un