Page:Revue de Paris, 23e année, Tome 6, Nov-Dec 1916.djvu/473

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Eh bien ! — cria Formental avec fièvre… — Que pensez-vous vous-mêmes de votre aventure ?

Celui vers qui il s’était tourné répondit :

— Elle devrait me confondre… et cependant, d’une façon étrange, elle correspond à quelque chose de mystérieux qui est en moi. Je sens profondément, sans que je puisse en rien définir pourquoi ni comment, qu’un événement extraordinaire a rompu l’unité de mon être. Une part de moi-même est hors de moi !

L’autre écoutait, comme on écouterait l’écho de sa propre voix. Il dit :

— Une part de mon être est en vous !


Le docteur tira sa montre et constata que la confrontation avait duré beaucoup plus longtemps qu’il ne l’avait prévu.

— J’espère que cela ne vous a pas fatigués ? — fit-il avec une nuance de remords.

Les blessés eurent un sourire grave :

— Cela nous a reposés. Nous sommes bien plus forts et plus dispos.

— Cependant, — reprit craintivement Formental, — l’entrevue ne peut-être prolongée…

Ils baissèrent la tête. L’interne pressa sur un bouton qui commandait une sonnerie électrique. Deux infirmiers se présentèrent et, sur l’indication du major, enlevèrent un des blessés.

Une demi-minute s’écoula :

— Ah ! soupira l’autre…

Et, d’une voix éteinte :

— La fatigue !… Elle avait disparu… Elle retombe sur moi comme un bloc. Tout est ralenti… tout est nébuleux et sinistre…

On eût dit qu’il avait diminué. Ses yeux étaient plus creux, une pâleur tragique envahissait les joues. Il ajouta :

Il a emporté ma force… Docteur, ne me laissez pas seul, ne me laissez pas sans l’autre. Maintenant, j’en ai la certitude : sans lui, ma vie est fragmentaire

— J’en étais sûre ! — balbutia Diane Montmaure.