Page:Revue de métaphysique et de morale, 1896.djvu/31

La bibliothèque libre.
Aller à : navigation, rechercher
Cette page n’a pas encore été corrigée


E. BATAILLON. LOUIS PASTEUR. 29

des souffrants qui s’attachent à lui comme .au sàlut, la louange peut s’exercer sur un large thème de vertus élevées. D’autres rempliront mieux cette tâche. Il nous plait à nous de considérer spécialement dans Pasteur cette vertu maîtresse qui fit sa force comme savant en permettant à sa haute intelligence une évolution libre et complète. Ce qui frappe le plus dans cette grande carrière, c’est l’énergie déployée, c’est la confiance absolue dans le but poursuivi, confiance basée sur l’expérience acquise et sur la fécondité de l’effort bien orienté. Dans un discours de distribution de prix prononcé à- Arbois en 1883, Pasteur parlait de l’idée de Dieu, de l’idée de patrie et de liberté « Ce sont là, disait-il, les trois idées maîtresses des vies utiles, utiles aux individus comme aux nations. « L’idée de Dieu, c’est l’idée de l’infini ; c’est l’humilité devant le mystère du monde ; l’élan devant l’idéal.

« L’idée de patrie, c’est le dévouement aux intérêts de tous. C’est le respect de ceux qui nous ont précédés en nous léguant des traditions glorieuses ; c’est l’honneur, toujours en éveil, du drapeau commun.

« L’idée de liberté, c’est lé sentiment d’une virile indépendance ; c’est la foi dans la puissance de l’initiative et de l’effort ; c’est le courage des opinions réfléchies ; c’est la pensée libre, tolérante et forte ; c’est le respect des grandes consolations qui viennent du cœur. » On peut trouver dans ce dernier alinéa tous les éléments d’une belle morale individuelle, et cette morale méritait d’être présentée à des jeunes gens, car elle n’est pas stérilisante. Pasteur en a pratiqué jusqu’aux dernières conséquences ; et si l’application qu’il en a faite a pu être discutée, au moins faut-il que ceux qui l’admirent disent nettement leur admiration. Après avoir fait ressortir l’activité infatigable de l’expérimentateur, c’est encore l’honorer que de mettre en relief l’acharnement avec lequel il sut défendre son œuvre et la tirer nette et bien au point des épreuves de la contradiction. Grâce à ces luttes continues dont Pasteur sortit toujours vainqueur, l’œuvre’ du savant reste solide àl’abri des attaques, parce que dans les assauts qu’elle a subis,, elle a été façonnée et refaçonnée par son auteur, prenant sous chaque objection une forme plus précise. Une théorie comme celle des fermentations, qui heurtait toutes les doctrines régnantes et en particulier la grande renommée de Liebig, devait être attaquée. Pasteur eut à la défendre jusqu’à la fin de sa carrière. Mais dès le début nous sommes en présence d’une méthode