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38 REVUE DE MÉTAPHYSIQUE ET DE MORALE.

laquelle plusieurs personnes attribuent à un nom propre une même signification, n’étant pas sensible, est donc intellectuelle et idéale. D’où un premier résultat l’idée singulière possède une réalité indépendante de l’image. Reste à chercher maintenant quelle est la nature de l’idée elle-même. Peut-être se résout-elle en idées générales particulièrement groupées.

Il est clair, assurément, que les idées générales sont d’une importance extrême dans le fait de la conversation. Sans elles on ne s’entendrait pas ; pas un membre de phrase, pas une proposition n’auraient de sens s’ils n’étaient logiquement applicables à d’autres hommes qu’à M. X. Pour tous ceux qui le connaissent et qui en parlent, celui-ci est pensé à titre de cause, cause efficiente et cause finale, centre d’actions sur eux et but de réactions venant d’eux, ce qui implique des idées générales. Les caractères et les facultés qu’on lui reconnaît, les démarches qu’on lui prête, les relations dans lesquelles on le fait entrer, les actes qu’on suppose qu’il exécute vis-àvis de nous ou qu’il provoque de notre part, ne sont que des éléments plus ou moins généraux et plus ou moins abstraits, parce qu’ils ne sortent pas du possible et que le possible se construit avec le souvenir du réel généralisé et dégagé des faits particuliers, c’està-dire abstrait.

On ne peut donc pas penser même un objet exactement déterminé et singulier sans le considérer sous un aspect général, comme un substrat de rapports généraux car les rapports multiples dont cet objet est le centre, de direction centripète ou centrifuge, vers lui ou vers nous, ne sont pas, ne peuvent pas être singuliers. L’essentiel, dans l’opération, n’est pas l’image, mais le faisceau de rapports. C’est parce que le nom évoque en chacun le souvenir plus ou moins conscient d’actions antérieures, les unes effectivement reconnues et localisées dans le temps, les autres non reconnues et non localisées et ainsi conçues comme possibles et rapportées à un futur indéterminé, c’est parce qu’il met en branle tout un mécanisme préformé et qu’il correspond à un système d’habitudes, qu’on le comprend et qu’on en saisit la signification. Il s’agit bien, en effet, d’une véritable compréhension et l’idée singulière, à ce point de vue, ne diffère pas des concepts. On comprend un nom propre aussi bien qu’un nom commun. Le comprendre ou savoir ce qu’il signifie équivaut à reconnaître ce qu’il représente, et ce qu’il représente n’est pas telle ou telle image en particulier, mais un agrégat complexe de rap-