Page:Revue de métaphysique et de morale, 1896.djvu/41

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L. WEBER. IDÉES CONCRÈTES ET IMAGES SENSIBLES. 39 ports que l’introspection est impuissante à décomposer en représentations sensibles.

Ce dernier point est à noter. L’état mental qui constitue l’aperception ou la « position » d’un rapport n’est, nullement comparable aux images fixées qui sont le résultat définitif et simplifié de l’exercice de la perception extérieure par l’entremise de la vue, de l’ouïe, de.l’odorat, du goût et du toucher. On doit plutôt y voir un état comparable à ceux désignés par les psychologues sous le nom d’images motrices ou kinesthésiques, sur lesquelles l’introspection ne révèle pour ainsi dire rien de positif, mais que l’expérience objective conduit à admettre. Apercevoir un rapport, ou le reconnaître, coordonner plusieurs rapports, les synthétiser ou les penser sont, autant que l’expérience autorise à l’affirmer, des actes mentaux plutôt que des états passifs et contemplatifs ; de même que, dans l’exécution d’un système de mouvements, tel que la marche, la course, le saut, l’essentiel est Le mouvement, non l’état de conscience, souvent obscur, et même absent, qui l’accompagne. La psycho-physiologie montre que là marche, la course et le saut sont des habitudes nerveuses. Par l’analyse expérimentale, on parvient à en dégager les conditions psychologiques élémentaires, et ces éléments, on les appelle « images motrices », images afin d’en marquer le caractère psychique, motrices pour indiquer que la conscience ne les contemple pas passivement. Mais les images motrices ou kinesthésiques ne sont rien moins que ce que l’on entend d’ordinaire par le mot image, désignant le plus souvent le résidu des perceptions visuelles représentées à la conscience. On ne peut guère les expliquer qu’en adoptant le langage physiologique et en les décrivant comme des mouvements coordonnés dont les centres nerveux conservent l’empreinte, et qui sont d’autant plus aptes à renaître qu’ils ont été plus souvent répétés. Le nom générique, comme l’a dit Taine, résume une tendance, et la compréhension du nom, le fait de lui attribuer une signification peuvent se définir, au point de vue psychologique, l’éveil de cette tendance, le déclanchement du mécanisme cérébral agencé par les associations d’idées antérieures. Il en est de même du nom, propre désignant un individu singulier. Si je cherche ce qui se passe en moi quand je pense à une certaine personne, je trouve d’abord que j’ai conscience d’un nom et d’une image sensible ; mais ce résultat ne saurait me satisfaire, car je pressens que ni le nom, ni l’image ne’ sont le fondement radical de la notion qui s’est formée en mon esprit,