Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 2, 1907.djvu/7

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


de la connaissance dans les temps modernes : qu’il faut dans la science remplacer le concept de substance par le concept de fonction, et sa physique, si elle est inexacte dans la forme spéciale qu’elle a revêtue, était bien fondée dans son principe. Le livre se termine par l’examen des conceptions de Malebranche, de Pascal, de Bayle.

Le texte de l’ouvrage est suivi de notes nombreuses, renvoyant aux textes des différents auteurs et donnant même un assez grand nombre d’extraits des différents philosophes.

Histoire de la philosophie moderne, par Harald Höffding, traduit de l’allemand par P. Bordier, préface de M. V. Delbos, tome second. 1 vol. in-8 de 620 p., Paris, Alcan, 1906. — Ce deuxième volume comprend : la philosophie des lumières en Allemagne et Lessing. — Emmanuel Kant et la philosophie critique. — La philosophie du romantisme. — Le positivisme. — La philosophie en Allemagne (1850-1880). Aux philosophes contemporains, et en particulier aux philosophes français, M. Höffding a consacré un petit ouvrage, dont une traduction française sera bientôt publiée.

Les parties les plus remarquables de ce second volume, et où l’on retrouve au plus haut degré les qualités de finesse et de pénétration qui sont propres à M. Höffding, sont celles qui ont trait à « la transition de la spéculation romantique au positivisme et à la croyance positive » (livre VIII, partie D), et à la philosophie en Allemagne (1850-1880 — livre X). Mais faut-il répéter, à propos de ce second volume, les éloges que nous avons adressés au premier, alors que le mérite de l’ouvrage est universellement connu ?

Qu’il nous soit permis plutôt d’adresser une critique à M. Höffding et de regretter que l’auteur, en raison même du point de vue auquel il a choisi de se placer, n’ait pas toujours été aussi objectif que nous le souhaiterions dans l’appréciation de certaines doctrines, et principalement des doctrines métaphysiques. L’exposé de la philosophie de Hegel n’est-il pas trop sommaire ? Et, dans le chapitre consacré à Kant, M. Höffding donne-t-il toujours une idée exacte de la philosophie critique ? Bornons-nous à montrer, par deux exemples, en quel sens l’exposition de M. Höffding ne nous satisfait pas absolument. M. Höffding remplace les termes de déduction métaphysique et de déduction transcendantale par ceux de déduction subjective et de déduction objective ; et il voit dans la déduction subjective une méthode psychologique. N’est-ce pas rendre inintelligible le sens et la portée aussi bien des intuitions pures que des catégories ? Et voici notre seconde remarque, en corrélation directe avec la première. Il ne semble pas que M. Höffding ait saisi les rapports profonds qui lient chez Kant la raison théorique et la raison pratique. M. Höffding écrit (p. 83, sub finem) : « Comme d’après Kant les formes s’acquièrent au moyen de l’analyse de l’expérience, elles ne peuvent se séparer des phénomènes et être posées comme leur contraire absolu. Les formes ne sont pas intelligibles, elles sont acquises au moyen de l’abstraction et de l’analyse, et ne peuvent être regardées que comme appartenant au monde où elles ont été trouvées ». Ces formules n’expriment pas à vrai dire la pensée de Kant. Dans le chapitre de la Critique de la Raison Pratique intitulé : « D’une extension possible de la raison pure » en particulier, Kant insiste sur cette idée que, si les catégories ne fondent des connaissances que lorsqu’elles s’appliquent à l’expérience, lorsqu’elles correspondent à une expérience possible, que si, d’autre part, le fait qu’elles peuvent s’appliquer à l’expérience est une garantie de leur valeur, cependant elles ne dérivent pas de l’expérience et ont un sens en dehors de la considération de l’expérience même. En regardant les catégories comme tirées par abstraction de l’expérience, on les dénature, et on rend difficilement intelligibles toutes les thèses de la raison pratique.

Thought and Things, a study of development and meaning of thought, or Genetic Logic by James Mark Baldwin. Vol. I. Functional Logic, or genetic theory of knowledge. 1 vol. de XIV-273 p., Londres, Swan Sonnenschein and Co, 1906. — L’ouvrage entier formera trois volumes de la Bibliothèque de Psychologie expérimentale, publiée sous la direction du Dr Toulouse. Le premier sera intitulé : Le Jugement et la Connaissance ; Logique fonctionnelle ; le second : Logique expérimentale ; le troisième : Le Jugement et la Réalité ; Logique réelle. Ces trois volumes constituent un essai de logique génétique.

Cette logique génétique se distingue et de la logique formelle et de la logique dialectique des métaphysiciens. La logique, entendue au sens de logique formelle, est une science sans application possible au réel, car le logicien part de certaines suppositions manifestement démenties par la réalité. Il admet par exemple que les termes sur lesquels il raisonne sont fixes, invariables pendant