Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 2, 1907.djvu/6

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Essai sur l’Histoire des Doctrines du Contrat social, par Frédéric Atger, licencié ès lettres, docteur ès sciences politiques et économiques, 1 vol. in-8 de 432 p., Paris, Alcan, 1906. — C’est avec une intention bien marquée que l’auteur a écrit : Histoire des Doctrines et non pas : Histoire de la Théorie du Contrat Social. Très justement M. Atger montre dans son introduction (p. 7-14) qu’il n’y a pas une théorie, mais bien des théories du Contrat social, théories souvent opposées, et aboutissant à la justification logique des régimes politiques les plus différents, depuis le despotisme absolu (Hobbes) jusqu’à la démocratie (J.-J. Rousseau). Aussi, en présence de la diversité des doctrines, il renonce avec beaucoup de raison à suivre l’évolution logique du type idéal du Contrat social : il se place simplement devant les faits, et les interroge, au lieu de chercher à les faire entrer de force dans quelque conception a priori.

L’ouvrage est divisé par grandes périodes historiques : division volontairement arbitraire, ne réclamant, pour justification, que la simplicité et la commodité. Nous ne pouvons naturellement entrer dans le détail de tous les systèmes étudiés. Retenons seulement une loi qui semble se dégager de cet examen historique : c’est que les doctrines du Contrat Social reflètent visiblement l’état politique des divers milieux ou elles apparaissent. Dans l’antiquité, le Contrat social est envisagé d’un point de vue démocratique : c’est un pactum societatis. Au moyen âge, il s’agit d’étudier l’intervention de Dieu dans la Cité : le Contrat devient un pactum subjectionis. La Réforme voit s’élever de nombreuses théories monarchomaques, etc. — M. Atger termine son livre en dégageant la nature et la portée de l’idée de Contrat social. Cette idée est « un postulat de morale sociale qui cherche à se justifier dans les institutions existantes et qui prend ses origines dans les formes contractuelles de la société » (p. 409-410). Très documenté, écrit d’une façon sobre et claire, ce livre constitue, en résumé, un précieux instrument de travail.

Das Erkenntnisproblem in der Philosophie und Wissenschaft der neueren Zeit (Erster Band) ; par Ernst Cassirer, 1 vol. in-8 de XV-608 p., Bruno Cassirer. Berlin, 1906. — M. Cassirer se propose de retracer l’évolution du problème de la connaissance dans les temps modernes, depuis la Renaissance, jusqu’au système de Kant. Cette philosophie marque en effet un terme relatif dans cette évolution : en elle viennent s’unir les deux grands courants représentés et par l’idéalisme de Leibniz et par la science de la nature de Newton. Aussi bien, c’est le meilleur moyen d’étudier le problème de la connaissance : la philosophie, par son progrès même, a dû abandonner la conception naïve, suivant laquelle l’esprit se bornerait à refléter une réalité donnée et ordonnée en elle-même, son activité consistant simplement à en faire revivre l’image ; elle a montré de plus en plus qu’il y a dans le savoir non pas seulement reproduction, mais élaboration et information de la matière de notre savoir. On ne mesure plus la vérité de nos représentations à la chose, mais à l’exigence de cohérence interne et d’absence interne de contradiction. Les éléments de l’être, atomes et mouvements atomiques, que la science accepte sans plus, sont des créations intellectuelles, et la tâche de la philosophie est précisément d’expliquer ces créations intellectuelles. Or, qu’est-ce qu’expliquer ainsi la connaissance, sinon montrer la constitution progressive au cours de l’histoire, des concepts et principes scientifiques, l’information des notions de nature, d’esprit, d’infini, d’absolu, d’harmonie, de force, de loi, etc. ?

Le premier volume ne comprend que les origines de la philosophie moderne et l’expose du cartésianisme. Une introduction rappelle les principales positions de la philosophie grecque dans le problème de la connaissance, et prépare ainsi le premier livre de l’ouvrage : la Renaissance du problème de la connaissance. C’est d’abord l’exposé des conceptions de Nicolas de Cusa, puis l’humanisme et la lutte des doctrines platoniciennes et aristotéliciennes, avec Plethon, Ficin, Pomponace, Zobarella, Valla, Vives, Ramus, de la Mirandole, enfin le courant sceptique, avec Montaigne et Charron. Le second livre, « La découverte du concept de la nature » (p. 189-360) porte sur les philosophies de la nature : conception du monde organisme, avec Paracelse, psychologie de la connaissance, avec Fracastoro, Telesio, Campanella ; — concepts de l’espace et du temps chez Cardan, Scaliger et Telesio ; — la naissance de la science exacte, avec Vinci, Kepler et Galilée, — le système du monde copernicien et la philosophie de Bruno. Le troisième livre (p. 375-517) expose l’établissement de l’idéalisme, avec la philosophie cartésienne : car Descartes, dans sa Logique et dans sa Théorie de la science, exprime cette tendance générale