Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 2, 1909.djvu/3

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tant de notes éparses, il hésitait encore cependant à tirer un livre : et c’est d’une Théorie générale de l’expérience qu’il avait commencé, ces jours derniers, la rédaction, quand la mort est venue tout interrompre. Nous avons appris brusquement que nous venions de perdre le commerce d’une âme d’élite, enthousiaste, généreuse, impétueuse, et qui nous paraissait renfermer des trésors presque inépuisables de jeunesse. Que de fois il nous est arrivé, en amis, de lui reprocher de ne pas prendre assez de souci de la forme extérieure de ses livres, de ne pas se plier à ce qui nous semblait être les règles nécessaires de l’exposition didactique des idées. Lui s’impatientait, trouvait puériles, presque humiliantes, ces préoccupations qui sentaient trop l’école à son gré ; et peut-être avait-il raison. Ce tumulte d’idées neuves, ingénieuses, hardies, qui se pressent à toutes les pages de ses livres, reste l’image fidèle de son génie. C’est avec cette insouciance que toujours il prodiguait ses forces, se livrant tout entier à son travail, à son métier, aux élèves dont il avait la charge, aux amis avec lesquels il conversait. La fatigue vint, puis une grave maladie organique, dénouée il y a quelques jours par une crise rapide. Sa pensée était une flamme, et cette flamme le consumait.


Edward Caird.
(1835-1908).

Edward Caird, qui s’est éteint à Oxford au mois de novembre dernier, fut pendant vingt ans une des grandes figures de la philosophie anglaise. Après la mort de Thomas Hill Green, il se trouva être le chef, en quelque sorte officiel, de l’école néo-kantienne ou hegelienne, qui a fait définitivement triompher, dans les universités de Grande-Bretagne, ces formules métaphysiques, d’origine germanique, dont Coleridge, puis Carlyle avaient commencé d’entreprendre la propagation.

Avant d’être appelé à prendre, à la tête de Balliol College, la succession de Jowett, c’est à Glasgow que, pendant vingt-sept années, il avait exercé une influence décisive. C’est là qu’il publia son commentaire sur La Philosophie critique de Kant, le plus considérable ouvrage de ce genre qui ait paru en Angleterre ; et aussi son étude sur La Philosophie d’Auguste Comte, récemment traduite en français. C’est en Écosse encore qu’il prononça ses deux cours, postérieurement réunis en volume, sur l’Évolution de la Religion et sur l’Évolution de la théologie des philosophes grecs. Oxford ne fut pour lui qu’une glorieuse retraite, après les années d’activité et de jeunesse ; et nous ne connaissons d’autres traces, de son enseignement dans la grande Université que les Sermons et discours laïques de 1907. Il avait toutes les qualités requises pour être, sinon un chef d’école indépendant, le créateur d’un nouveau système d’idées, du moins le propagateur persuasif d’une tradition philosophique déjà constituée. C’était un grand honnête homme, défenseur constant, en politique, des causes justes et généreuses, un bon écrivain, un excellent lettré, un orateur éloquent. Sa philosophie aux larges vues, aux contours peu arrêtés, n’était pas faite pour provoquer des dissidences. Il exposait la philosophie kantienne et la philosophie hegelienne, en des termes si généraux que l’une paraissait insensiblement se fondre dans l’autre ;










la théologie chrétienne, par une série de : i||l belles formules qui permettaient d’iden— = —-=" ÏMMMIIMIP UBer l’orthodoxie religieuse et l’ortho—:h|| doxie hegelienne. Les étudiants venaient 3311 en foule chercher à ses cours les hautes ïï|| idées, les grandes vues philosophiques, pS que plus tard, professeurs d’université ou ; y| orateurs sacrés, ils pourraient reprendre ; i et utiliser dans leurs chaires. ; n| LIVRES NOUVEAUX ; ; ||| J

Science et méthode, par H. Pojncabé, ï" iMiiiiiilIIilil membre de l’Institut. 1 vol. in-18 jésus de ; | : || p., Paris, E. Flammarion, 1908. Les : il|| études rassemblées dans ce recueil trai— SI ; tent de sujets très divers, de logique, de J-mÉ mathématiques, de physique et d’astro—.̃ : V ; | : || nomie. Elles sont cependant reliées par : ^§ une inspiration commune, qui est essen^ agi tiellement méthodologique, ou, plus exac— : : f| : |ii ; tement, épistémologique. Elles tendent, : ; ̃ ; | en effet, à préciser et à approfondir tout un ordre de questions se rapportant non seulement à la méthode des sciences, mais encore àla nature même de la connaissance et de l’investigation scienti— ± fiques. C’est dire l’intérêt qu’elles présen— ~1~ tent pour le philosophe, indépendamment de l’attrait de nouveauté des théories qu’elles exposent.

Parmi lès études consacrées aux mathématiques, et qui remplissent plus de la ~j moitié du volume, nous ne parlerons pas de celles où l’auteur a spirituellement réfuté les sophismes des néo-logiciens, ! HJ avec une verve ironique qui ne l’a toutefois pas empêché de rendre justice à leurs travaux et à : leurs vues originales ; ce sont