Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 6, 1908.djvu/21

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compte de la dignité du travailleur. La vie économique fait partie d’un ensemble. Le travail doit être réglé de façon à ne pas perdre sa valeur éducative ; la richesse ne doit pas faire perdre le sentiment de la responsabilité. — F. Carrel fait semblant de se demander si la sociologie a une base morale ? mais comme il divise la sociologie en deux parts, l’une, qui est la morale sociale, l’autre, la sociologie statistique, qui, à moins de faire faillite, doit tendre à une fin pratique, la question est vite résolue. — John E. Boodin soutient les thèses de l’idéalisme évolutionniste (the Ought and Reality). Outre le temps, l’espace, l’énergie, l’univers a une quatrième dimension : le devoir. Le flux des choses a une direction absolue. Cette direction n’est d’ailleurs qu’une limite ; c’est cette loi qu’il faut une loi. Sans le devoir, l’histoire, l’expérience, la science même sont dépourvues de signification. Il n’est pas né de l’expérience, il lui sert de règle. Il n’a pas de contenu propre, chaque âge lui donne un contenu, mais il élimine ce qui n’est pas conforme à la direction de l’évolution. Cet impératif catégorique universel est la loi même de l’être, car la limite a autant de réalité que ce qu’elle limite. Il faut donc soutenir avec l’optimisme que le monde en son fond est déjà parfait et immobile. — Harrold Johnson attire l’attention sur quelques points essentiels de l’éducation morale : développer chez l’enfant le sens du respect et du mystère, l’esprit de désintéressement ; ne pas séparer l’éducation morale du culte de la vérité et de la beauté ; agir par le milieu social tout entier ? l’enseignement est un apostolat. Évidemment H. Johnson écrit pour des « pays neufs ». — Herbert L. Stewart prend la défense du néo-hégélianisme de Green qui propose la réalisation de soi-même comme fin de la morale, et selon lequel « la rectitude de la conduite est déterminée par la place d’un individu (a man’s place) dans l’ensemble social, et par rien d’autre ; si bien que le devoir peut être complètement déduit d’une connaissance parfaite des corrélations intérieures d’un organisme social ». H. Stewart résume bien les principales objections qu’on peut faire à cette thèse : définir le devoir par l’accomplissement de sa fonction ne nous avance guère pour résoudre un cas de conscience un peu complexe ; la « réalisation de soi » semble le contraire de la vertu qui est « abnégation de soi ». H.-L. Stewart se contente de répondre que l’ambiguïté du principe ne vient pas d’une défectuosité du critère choisi, mais d’une analyse incomplète des circonstances due au caractère fini de notre intelligence, à l’entremêlement des phénomènes moraux ; et que pour une connaissance parfaite l’abnégation n’est qu’une forme de la réalisation de soi. — La psychologie du préjugé conduit Josiah Morse à rejeter la définition du prof. Patrick (Pop. sci. Monthly, vol. XXXVI) pour qui le préjugé n’est qu’un nom populaire pour l’aperception. L’aperception, c’est notre façon de voir individuelle, suscitée par l’ensemble de notre vie psychologique antérieure : ainsi dans un terrain vague l’étudiant voit un emplacement pour le foot-ball, la jeune fille pour le tennis, l’entrepreneur pour des maisons de rapport. J. Morse remarque avec raison que ces points de vue individuels sont une légitime utilisation des ressemblances qui nous intéressent et que l’aperception est source de développement mental et d’adaptation aux circonstances. Le préjugé, au contraire, est un arrêt de développement, une négation des ressemblances et des différences exactes, un entêtement stérile dus à une perversion du jugement par l’intérêt ou la passion. — À lire, le compte rendu de « la pensée politique de Platon et d’Aristote », par Barker.

Octobre 1907. – Warner Fite esquisse une théorie de la démocratie. Il y a dans la démocratie actuelle deux principes antithétiques : le principe de la liberté individuelle et de la règle de la majorité, et dans la démocratie américaine (car « à cet égard nous sommes plus Latins qu’Anglo-Saxons » ) c’est le second qui l’emporte. La règle de la majorité vient d’une conception mathématique, mécanique de la vie sociale, à chaque individu sa place, et une place égale ; entre ces égoïsmes opposés la majorité seule et l’uniformité tyrannique qui en résulte peut faire régner un ordre. La vraie démocratie, soucieuse de liberté, repose au contraire sur une conception idéaliste, le culte de la conscience et de la responsabilité. Dans l’ordre de l’esprit, ce qui profite à chacun profite à tous ; l’ordre résulte de la coopération, dans un organisme social où les différenciations individuelles vont de pair avec une plus complète organisation de l’État. – L’allocution de David J. Brewer à la Society for Ethical culture de New-York, sur la loi et la morale est une belle définition du rôle de l’homme de loi, avocat défenseur, ou avocat-conseil, la manifestation d’une noble conscience professionnelle et sociale, réconfortante à lire « en ce temps d’intense commercialisme ». — Dans un fort intéressant article R.-F. Alfred Haernlé essaye de définir la notion de la possibi-