Page:Revue de métaphysique et de morale, supplément 6, 1910.djvu/10

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interprétation préalable du spinozisme : or, cette interprétation, l’auteur ne nous la donnera que dans le prochain volume qu’il annonce sur Spinoza, si d’ailleurs il y triomphe du robuste scepticisme qu’il affiche en matière d’exégèse philosophique. Il est obligé, pour le moment, de se contenter de rapprochements qui souvent ont une valeur positive, qui parfois demeurent ou généraux et vagues, ou particuliers et extérieurs. Ainsi, pour prendre quelques exemples, nous avons trouvé un intérêt véritable dans l’analyse des écrits de Marcus Maris de Kronlandt, où se rencontrent, à la date de 1635, des formules telle que celle-ci : « anima leonis dicitur idea sui corporis ». D’autre part, que la bibliothèque Rosenthal d’Amsterdam possède un exemplaire des Opera Posthuma de Spinoza relié avec une traduction hollandaise d’Ibn-Tofaïl, c’est un assez faible indice pour conclure que l’on ait remarqué au xviie siècle la parenté des deux doctrines. Enfin, quant à l’analogie du tout formé par la substance et les attributs avec la trinité divine, ce qui « saute aux yeux » de M. Von Dunin-Borkowski nous parait assez contestable. Par la nature du sujet, et non par la faute de l’auteur qui a eu nettement conscience de ce qu’il faisait, il reste que cet effort d’une admirable conscience historique ne dépasse pas toujours les bornes de la vraisemblance. Ajoutons quelques petites remarques du point de vue français. Dans son Index, M. Von Dunin-Borkowski a confondu sous la rubrique Brunschvieg deux auteurs différents. On s’étonne qu’il ne fasse pas mention de M. Delbos, même pour sa communication du congrès d’Heidelberg qui touche directement au développement de la pensée de Spinoza. Si nous nous permettons aussi de relever dans le style alerte de M. Von Dunin-Borkowski une expression bien singulière : pour désigner les libertins : die philosophische Demi-monde-Gesellschaft, c’est que nous craignons que M. Von Dunin-Borkowski l’ait prise pour un gallicisme.

Josef Dietzgens Philosophie gemeinverständlich erlaütert in ihrer Bedeutung für das Proletariat, par Henriette Roland Holst. 1 vol. in-8 de 92 p., Munich, Verlag der Dietzgenschen Philosophie, 1910. — Die logischen Mängel des engeren Marxismus : Georg Plechanow et alii gegen Josef Dietzgen. Auch ein Beitrag zur Geschichte des Materialismus, herausgegeben und bevorwortet von Eugen Dietzgen, par Ernst Unterman. 1 vol. in-8 de xxiii-753 p., Munich, Verlag der Dietzgenschen Philosophie, 1910. — La piété










filiale de M. Eugen Dietzgen a assuré aux écrits de Josef Dietzgen une librairie, un public et toute une école de commentateurs et d’apologistes. Les polémiques soulevées par les livres de ces commentateurs remplissent depuis quelques

années, les colonnes des— journaux socialistes allemands. Contemporain de Marx, J. Dietzgen avait, dès 4868, envoyé ad Vemokratisches Wochenbla.lt une critique du premier volume du Capilal,

où se reconnaissait, au témoignage de M. Franz Mehring, le pur esprit marxiste. De son métier ouvrier tanneur, établi d’abord en Russie, Dietzgen s’était donné à lui-même une culture scientifique assez étendue. A la lecture de Karl Marx, il 1 avait joint celle des philosophes, particu3 lièrement Hegel et Ludwig Feuerbach. Plus tard, il fut un des chefs reconnus de la fraction socialiste dite d’Eisenach, pour laquelle Marx, qui se défiait de Lassalle, garda toujours un certain faible. Dans de nombreuses brochures, J.Dielzgen s’est proposé derattacher le matérialisme marxiste à une conception générale de l’univers. A le bien prendre, le marxisme n’est, selon J. Dietzgen et ses disciples, qu’une dialectique matérialiste. Or, si les s doctrines économiques de Marx témoit gnent d’une élaboration complète, dans î la partie dialectique de son œuvre on t retrouve, avec tous ses défauts, la méthode s des disciples de Hegel. Le matérialisme de Marx utilise encore, par moments, une i dialectique idéaliste. Au matérialisme, il j convient de donner une logique, une dia1 lectique, une théorie de la connaissance e qui lui soient propres. C’est la tâche que s Josef Dietzgen s’est proposée. Désœuvrés j de Marx, il entreprend de dégager la dialectique implicite qu’elles manifestent et r d’appliquer ensuite cette dialectique à tous les domaines de la pensée et particulièrement au problème de la connaisi sance.

e La doctrine de Josef Dietzgen est un réalisme ou un monisme d’une sorte assez particulière. Dietzgen affirme d’abord l’unité absolue de l’univers infini cette r unité subsiste malgré l’innombrable mulr titude des êtres particuliers et la variété e inépuisable de leurs modifications. Forme i— et matière n’y sont point séparées, comme >1 l’affirme le matérialisme ordinaire. Au g contraire, toute chose est en perpétuel if devenir ; aucune n’a de contours définis ; i— on passe de l’une à l’autre par des tranisitions sans nombre. Les catégories de la n pensée, comme les mots du langage, ne -8 sont que des artifices logiques destinés à z— saisir et déterminer le réel. Or, la pensée té elle-même n’est pas quelque chose de