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VARIÉTÉS.

décembre, j’ai vu, à l’hôpital d’Abouzabel, un cas non moins significatif ; mais toutes ces ébauches de peste n’auront aucune suite, si le froid qui règne ici depuis quelques jours vient à persévérer. Il en serait autrement, s’il cesse, si des pluies tombent en janvier ; si février a des chaleurs prématurées, etc. : car, pour avoir une peste, il faut encore bien des façons. Dans les premiers jours de mars, on saura très-positivement à quoi s’en tenir. Toutefois, je puis vous dire que, même dans les années ordinaires, où il n’est pas question de peste du tout, rien de plus commun que d’en rencontrer des centaines d’exemples, dans les villages du Delta. Ces pestes sont bénignes : elles ne se communiquent pas : et cependant il est telle petite population, celle de Mit-Gamar, en particulier, où elles enlèvent jusqu’à douze et quinze personnes par jour. À quoi tient qu’elles ne prennent pas constamment le caractère contagieux ?… problème qu’on ne résoudra jamais.

Supposé que la peste se taise en 1830, c’est en avril que nous retournerons en France. Quoi qu’on s’avise de dire sur ce voyage, j’aurai la consolation de revenir avec la certitude que toutes mes conjectures sur ce pays n’étaient point chimériques. Je suis plus que jamais dans la conviction que l’ancienne pratique des embaumemens était une pratique d’hygiène. Le seul embarras est de comprendre où l’ancienne Égypte a pu cacher tant de matières animales. Mais si l’on veut bien songer à tout ce qu’en peuvent contenir plusieurs centaines de lieues carrées, prises sur le désert et dans l’intérieur des montagnes, la difficulté s’évanouira. La plaine des Momies, à Saquarals, est de quarante-neuf lieues carrées à elle toute seule, puisqu’elle a sept lieues sur chaque côté. J’ai parcouru en partie des rues de vingt pieds de large, sur trente de haut, ouvertes par le ciseau, dans le sein de la chaîne Lybique, dans une longueur de pus de six lieues, toutes remplies d’ibis et de singes ; j’ai vu dans le cœur de la chaîne Arabique, une