Page:Revue des Deux Mondes - 1831 - tome 1.djvu/459

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cette dame voyageait, dit-on, pour sa santé, et voyait toute notre grande société, lorsqu’hier, au coucher du soleil, des cris affreux partent de l’appartement de cette dame, qui est logée sur le port, hôtel des Ambassadeurs. On enfonce la porte, et on la trouve baignée dans son sang, percée de plusieurs coups de poignard ; elle n’a pu dire que ces mots à son compagnon de voyage : Je le croyais mort, il ne l’est pas…il vient de m’assassiner… crains tout de lui… je n’ai aimé que toi… amour… - Et elle expira.

« Ses obsèques ont eu lieu ce matin dans l’église de Saint-Joseph. On est à la recherche de l’assassin, qui est, dit-on, le mari de cette dame, le comte Arthur de ***, qu’on avait cru mort ; mais on n’espère pas le découvrir, car plusieurs témoins affirment avoir vu, avant-hier soir, peu de temps après le meurtre, un homme marchant fort vite, se dirigeant vers le port, et dans la soirée, on sait qu’un mistic sous pavillon sarde a mis à la voile. Mais les plus fortes présomptions portent à croire que ce monstre de jalousie a terminé sa vie dans les flots ; voici le signalement affiché à la préfecture : taille, cinq pieds dix pouces ; très-maigre ; figure longue et pâle ; sourcils noirs, barbe noire, cheveux noirs, yeux bleus très-clairs ; dents blanches ; menton carré ; vêtu d’une redingotte verte et d’un chapeau rond. »

Nous n’aurions pas fatigué le lecteur de ces longs et fastidieux extraits de journaux, si la coïncidence de noms ne nous avait frappés comme on l’a déjà dit.

Quoique le signalement précité offre quelques points de ressemblance avec celui du commandant Brulart, nous n’oserions prendre sur nous d’affirmer l’identité, nous laissons à la perspicacité du lecteur le soin d’éclaircir ce doute.

Toujours est-il que Brulart (comte ou non) monta sur le pont, laissant l’honnête Benoît maugréer à son aise, étendu sur le grand coffre