Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 5.djvu/290

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
276
REVUE DES DEUX MONDES.

Comme si deux pouces d’acier ou deux onces de plomb enrichissaient une rime ou ajoutaient à l’intérêt d’une scène ! Heureusement les témoins ont fait comprendre sur le terrain aux deux aversaires, tous deux hommes d’esprit, que l’oubli était leur premier devoir.

Rien n’est d’ailleurs moins personnel qu’une interpellation qui atteint d’un seul coup cent soixante-huit personnes.

Le vaudeville est une des grandes calamités de notre littérature ; après Campistron et la tragédie de l’empire, c’est un des plus affreux désastres qui aient jusqu’ici dévasté notre langue. Si le public continuait de sourire quelques années encore aux imbroglios masqués du boulevard Bonne-Nouvelle et de la rue de Chartres, je ne répondrais pas que dans dix ans on continuât de parler français. Meure le couplet ou la langue ! Le sang n’a rien à faire dans la question, pas plus que le message du président Jackson dans le rapport de M. Thiers.

M. Kesner, caissier du Trésor, connu depuis long-temps pour sa haute probité, a disparu, et tenté de s’asphyxier à sa maison de Montmorency. Dans une lettre adressée au ministre des finances, il accuse un déficit de 1 800 000 francs. La vérification n’est pas encore achevée. On est arrivé à temps pour le sauver, et sa fortune suffira pour combler le déficit. C’est un grand malheur, et qui inspire une sympathie générale.

Je n’ai plus que deux grandes nouvelles à vous apprendre pour compléter l’histoire de la quinzaine. Madame Malibran est enrhumée, et M. Bériot, a ce que dit un critique qui se prétend bien informé, n’attend pour égaler Paganini qu’un auditoire des Quinze-Vingts. Il paraît que le violoniste belge a réussi à persuader à ses adeptes, que sa santé, sa jeunesse et ses belles manières sont la seule différence qui le sépare du violoniste génois. C’est un éloge maladroit, et qui rappelle la fable de l’Amateur de jardin.

Je ne parle pas du dîner offert par M. De Talleyrand au prince Czartorvsky, qu’il a connu premier ministre d’Alexandre. M. Liéven a failli se fâcher ; quelle haute leçon ! C’est la première fois peut-être que le faiseur et défaiseur de rois se souvient d’une vieille amitié, et cette imprudence a compromis les protocoles du Foreign-Office. Souvenez-vous donc de vos amis ! Vous voyez ce qu’il en coûte, et ce qu’on risque.


Revue des deux Mondes