Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/115

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année du Christ, le pape Urbain VI étant, par la grâce divine, souverain pontife, et le sérénissime Charles IV régnant parla grâce de Dieu, étant roi de Bohême et empereur et roi des Romains.

Dans une ville de la Romagne, à Forli, il y avait un monastère dans lequel une prieure et plusieurs sœurs vivaient d’une sainte, bonne et parfaite vie. L’une de ces dernières se nommait la sœur Saturnine. Elle était jeune, et de plus, bien née, sage, et belle autant que la nature avait pu la faire telle. Ses manières avaient quelque chose de si honnête, de si angélique, que la prieure et ses compagnes lui portaient une amitié et un respect tout particulier. Enfin, elle avait été si amplement douée de tant d’excellentes qualités, qu’il n’était bruit que de sa sagesse et de sa beauté dans tout le pays. C’est pourquoi un jeune homme de Florence, nommé Auretto, lequel était sage, modeste, bien né et instruit, et qui avait dépensé une partie de son bien en galanterie, devint subitement amoureux de la belle Saturnine, quoiqu’il ne l’eût jamais vue, mais sur le seul bruit de sa renommée. Il prit donc la résolution de se faire frère, d’aller à Forli et de se proposer pour chapelain à la prieure, afin d’avoir plus de facilité pour voir celle qu’il aimait si vivement. En effet, après avoir arrangé ses affaires, il se fit frère, vint à Forli, et là, par son adresse et les soins d’une personne qui s’intéressa à lui, il parvint à être chapelain du monastère. Il sut mettre tant de prudence et de modération dans ses manières, qu’en peu de temps il gagna la confiance et l’amitié de la prieure, de toutes les sœurs et de la sœur Saturnine surtout, à laquelle il Voulait plus de bien qu’à lui-même. Or, il arriva que frère Auretto regardant souvent honnêtement la sœur Saturnine, et elle, lui, leurs yeux se rencontrèrent, et qu’amour qui se plaît à s’emparer des personnes gracieuses, les lia si bien l’un à l’autre, qu’en se regardant de loin, ils s’inclinaient pour dissimuler leurs sourires. Amour continua son ouvrage. Bien souvent, ils se serrèrent la main, et bien plus souvent encore, ils se parlèrent et s’écrivirent. Enfin cette passion s’accrut au point, qu’ils convinrent de se rendre tous deux à une certaine heure, au