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parloir qui était situé dans un lieu très retiré et tout-à-fait solitaire. S’y étant rendus, ils firent la convention d’y revenir chaque jour une fois, pour parler ensemble, et de plus, ils établirent cette règle, que chacun d’eux raconterait une nouvelle chaque jour, pour leur consolation et leur plaisir : ainsi firent-ils.


NOUVELLE.


Cette nouvelle est la deuxième de la deuxième journée : elle est racontée dans le parloir, par frère Auretto à sœur Saturnine, qui vient d’en raconter une elle-même.


Lorsque Saturnine eut terminé sa nouvelle, frère Auretto commença et parla ainsi : Ma Saturnine, cette nouvelle que tu m’as dite est excellente, et elle m’a fait le plus grand plaisir ; néanmoins je veux t’en conter une qui, je l’espère, te plaira.

Il y avait autrefois, et elles existent encore aujourd’hui à Florence, deux très nobles familles, l’une des Buondelmonte, et l’autre des Acciaioli, dont les maisons étaient situées l’une devant l’autre, dans une rue qui se nomme des Saints Apôtres. Ces deux familles sont bonnes et anciennes. Or, il arriva que, par suite de quelques dissentiments, ces familles devinrent ennemies mortelles l’une de l’autre. Des deux côtés, on ne marcha dans les rues qu’avec des armes ; on s’évitait et l’on était toujours sur ses gardes. Cependant il y avait une dame mariée à un Acciaioli, laquelle était bien la jeune beauté la plus fière qu’il y eût dans Florence. Elle avait nom Nicolossa, et un jeune Buondelmonte en était devenu éperdument amoureux. La dame ne pouvait faire un pas dans sa chambre, que le jeune homme ne l’épiât d’une de ses fenêtres, qui faisaient face à celles de sa voisine. Aussi arriva-t-il plus d’une fois qu’il la vit nue sortant de son lit pendant l’été. Buondelmonte étant plein d’amour pour cette dame, et se trouvant être ennemi juré de son mari, il ne savait que faire. Un jour, cependant, il imagina de se confier à la servante de madame Nicolossa, et ainsi fit-il. Ayant donc