Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/120

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que j’ai fait apprêter un bain avec des herbes odoriférantes où nous allons nous baigner, puis après, nous irons nous mettre au lit. Elle lui fit dépouiller ses vêtements et le conduisit jusqu’au bain qui était préparé dans une encoignure de la chambre. Un grand drap garnissait l’intérieur de la baignoire autour de laquelle régnait un rideau qui servait à conserver la chaleur de l’eau. Après que Buondelmonte fut entré dans le bain, la dame lui dit : « Maintenant je vais ne déshabiller, et je reviens. Mais Nicolossa, après avoir rassemblé tous les vêtements de Buondelmonte jusqu’à ses bottines, et les avoir placés dans une armoire qu’elle ferma à clef, éteignit la lumière, se jeta sur son lit et se mit à crier de toutes ses forces : Au secours ! au secours ! À ce bruit, Buondelmonte se précipite hors de la baignoire, va pour prendre ses habits qu’il ne trouve pas. Dans l’obscurité, se voyant trahi, n’ayant pas l’idée de chercher la porte dont il avait d’ailleurs oublié la situation, demi-mort, il court se replonger dans le bain. Cependant les cris de la dame avaient mis toute la maison en rumeur, et bientôt Acciaioli le mari, accompagné de tous ses valets armés et des autres gens de sa maison, descend en hâte. La chambre de la dame fut remplie d’hommes et de femmes, dont l’agitation était telle que presque tous les habitants de la rue prirent les armes à cause des inimitiés qui divisaient toutes les familles. Or, imaginez maintenant dans quelle situation devait être le cœur de Buondelmonte, lui qui se sentait nu dans la maison de son ennemi, et qui entendait aller venir et parler ses ennemis armés dans la chambre. Il recommanda son âme à Dieu, croisa les bras sur sa poitrine, et attendit la mort. — Qu’as-tu ? demanda le mari à sa femme. — C’est un alourdissement et une faiblesse qui me sont survenus tout-à-coup. Il me semblait qu’on me pressait le cœur. — Eh ! dit le mari, un peu de mauvaise humeur, je croyais te trouver morte, tant tu as fait de bruit dans la maison ; alors les femmes qui étaient autour de la malade, se mirent à lui estropier les bras, les pieds et tout le corps, en la frottant tantôt avec de l’eau de rose et tantôt avec des serviettes chaudes. Déjà tous les hommes s’étaient retirés. Le mari, ayant