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REVUE. — CHRONIQUE.

Occupons-nous maintenant de l’Académie royale de musique ; examinons la Tentation. Nous arrivons tard pour parler avec détail de ce ballet-opéra, dont les analyses remplissent, depuis plus d’une semaine, les feuilletons de tous les journaux. Chacun sait à présent que le héros de cet ouvrage est un jeune et bel ermite qui, succombant d’abord à la tentation, allait abuser de l’innocence d’une pauvre petite pèlerine à laquelle il avait donné l’hospitalité, lorsque le tonnerre vient au secours de l’imprudent solitaire et foudroie son corps pour sauver son âme. À qui cependant appartiendra cette âme ? Le ciel et l’enfer en réclament également la propriété. Les diables et les anges surviennent à-la-fois pour s’en emparer. Ils sont même déjà tout prêts à se la disputer les armes à la main, mais il se fait un pacte entre leurs chefs : l’ermite ressuscitera pour être de nouveau tenté. Les démons, qui se chargent, comme bien l’on pense, du soin de le perdre, courent aussitôt se mettre à l’ouvrage. Vous voyez alors ces infernales créatures, connaissant trop bien le faible du pauvre homme, s’occuper avec ardeur à fabriquer une femme qui le puisse séduire encore. Elles jettent donc dans une immense chaudière un chat noir, un paon, un singe, une chèvre, un serpent, et puis des pleurs, et puis du sang. La recette assurément ne valait rien, car de l’amalgame de ces étranges ingrédiens, on n’obtient qu’une petite fille d’un assez beau vert. Les diables ont trop d’intelligence et de sagacité pour ne pas sentir d’abord qu’un pareil monstre ne ferait jamais pécher, même véniellement, le plus grand débauché du monde. On replonge donc bien vite la petite fille verte dans la chaudière, puis, d’après l’avis d’une diablesse fort habile, on y jette encore des cachemires, des bijoux, de blanches colombes, du miel, du lait, des fruits et des fleurs. À la bonne heure ; cette fois, du vase infernal s’élance une jeune vierge ravissante de grâce et de beauté. Les démons ivres de joie s’applaudissent de leur merveilleuse création. Si l’ermite résiste à cette enchanteresse, il pourra se flatter vraiment alors d’être un saint homme. C’est bien ainsi cependant que la chose arrive. Après mille aventures que nous ne pouvons raconter ici, par une insigne