Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/381

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bien ainsi, mais vers sa seconde moitié, situation, style et caractères, tout y devient exagéré, prétentieux et faux. C’est dommage, M. Karr a gâté son livre, qui eût été beau. Tel qu’il est cependant, il renferme d’excellentes parties, on y trouve plus d’une page vraiment touchante et passionnée, et certes, ce début révèle un talent plein de sève et d’originalité. Mais si ce jeune auteur prétend à des succès durables et complets, il lui faut se défier des éloges outrés que lui prodigue l’admiration indiscrète de ses amis. Il doit surtout se garder de penser, comme eux, que son essai le place d’emblée au-dessus de Goëthe, et qu’il a déjà fait mieux que Werther.

Le nouveau roman de madame S. Gay, un Mariage sous l’empire [1], se recommande doublement par une peinture animée et fidèle de la société de l’empire et par l’habile développement d’une situation neuve et vraie. Le fond en est très simple. M. de Lorency, colonel de l’armée, épouse mademoiselle de Brenneval par convenance, pour plaire à l’empereur. Blessée de la froideur et des infidélités de son mari, la jeune femme se monte la tête, et s’imaginant qu’elle aime le comte Adrien de Kerville, elle est assez faible pour lui céder. Éclairée par ses remords, elle a bientôt abjuré ce faux amour. Mais il est trop tard. Elle devient mère, et son amant d’un jour est le père de son enfant. Cette irréparable faute, que doit pourtant ignorer M. de Lorency, creuse plus profondément l’abîme qui les sépare. Il y a maintenant entre eux un secret et un repentir ! Quel malheur ! Et c’est par dépit seulement qu’ils se sont trompés ! et cependant ils étaient nés pour s’aimer ; leurs deux cœurs étaient dignes de se comprendre ! Que de souffrances ils auront à subir avant de se pardonner, avant de se jeter dans les bras l’un de l’autre. Tout le roman est là. Cette paisible action lui suffit. Elle marche d’ailleurs toujours intéressante et soutenue jusqu’au dénoûment, entrelacée avec art de scènes vives et historiquement spirituelles. Il n’est pas jusqu’au ton parfois assez singulier des personnages qui ne soit bien de l’époque et n’appartienne en propre à cette

  1. Chez Vimont.