Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/493

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


parce que se voyant oublié par la France de 1830, il a désespéré de l’avenir. Il est mort, parce qu’il n’a pu venir embrasser la colonne ! N’était-ce donc pas assez de ces douleurs-là pour le tuer, cet enfant, qui devait être notre empereur et qui fut le roi de Rome ?

Un homme qui fut aussi la moitié du pape (non point du pape romain, mais seulement du pape saint-simonien) est mort également il y a peu de jours. Ce demi-pape avait été mis à la retraite et réformé par son collègue en pontificat, qui s’était lui-même proclamé pape tout entier, en décrétant l’appel à la femme et la réhabilitation de la chair. Quelques honneurs étaient cependant bien dus aux restes de cette ci-devant fraction de pontife par ses anciens co-religionnaires. Le père suprême actuel et ses disciples étaient donc descendus de la montagne, et venus, tous en grande tenue, afin de célébrer les funérailles du défunt, selon le nouveau rite de Menilmontant. Cette courtoisie n’a pourtant point été accueillie comme elle méritait de l’être. La famille de M. Bazard a même poussé l’impolitesse jusqu’à fermer la porte de la maison mortuaire sur le nez du père Enfantin et de son clergé, et ces messieurs ont dû rengainer leur oraison funèbre, et s’en retourner chez eux avec leurs courtes redingotes.

Il nous faut dire aussi quelques mots d’un personnage bien célèbre en Angleterre et que le choléra vient d’y enlever. Nous voulons parler de Townsend, chef de la police de Londres : c’était un sergent de ville de haut étage, un Vidocq si vous voulez, mais un Vidocq honnête et de bonne compagnie. Chargé non-seulement d’avoir l’œil sur les filous de la capitale, mais encore d’assister à toutes les cérémonies de la cour, afin d’y veiller à la sûreté des personnes royales, Townsend avait, vécu, depuis soixante ans, en quelque sorte dans l’intimité des têtes couronnées. George III et George IV l’avaient surtout honoré de leur familiarité. Townsend s’était fait aussi une grande réputation par son humour et par la naïve originalité de son esprit. Quelques-uns de ses mots, quelques anecdotes dans lesquelles il figure, méritent vraiment d’être racontés.