Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 7.djvu/637

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C’était gagner un cœur à bon marché. Cependant, tandis que l’illustre prosélyte faisait sa cour et son ambassade à huit cents lieues de Paris, à Paris on était ingrate, on l’oubliait quelque peu. Aussi dès que le vent de cette trahison eut soufflé jusqu’à lui sur les bords de la Newa, le diplomate par amour, jugeant sa mission suffisamment remplie, est-il revenu brusquement bouder dans ses terres, et rend-il la royauté de juillet responsable des dédains et de la légèreté de la grande et belle dame. Voilà qui est injuste, monsieur le ci-devant ambassadeur. Cette dame, assurément, a de grands torts, mais pourquoi donc en punir deux nations qui auraient été si fières de savoir la signature de votre excellence au bas du contrat de mariage du roi Léopold et de la princesse Louise ? Une académie qui va, sans doute, devenir avant peu bien célèbre, a tenu récemment sa séance annuelle. Nous voulons parler cette fois, non pas de l’Académie française, mais de l’Académie phrénologique.

Nul n’ignore que la phrénologie est une science qui apprend à juger les facultés intellectuelles et morales de l’homme par l’inspection des bosses de la tête.

Le vice président de l’académie a ouvert la séance par un discours dans lequel il a particulièrement considéré la phrénologie dans ses rapports avec la politique et les institutions sociales, et il a ingénieusement établi que les examens d’admission à l’école polytechnique n’étaient, pour ainsi dire, qu’une étude phrénologique, à l’aide de laquelle on appréciait les différentes capacités des candidats.

Ceci donne à réfléchir et l’on sent d’abord que cette science va nous faire entrer enfin dans les voies de la véritable perfectibilité. Et vraiment pourquoi donc, non-seulement les capacités des candidats à l’école polytechnique, mais encore toutes les autres capacités ne seraient-elles point appréciées d’après le principe phrénologique ?

Un jour viendra, sans doute, où la loi d’élection et la loi municipale seront refaites sur les bases de cette science. Alors, pour être nommé maire ou député, il faudra justifier non plus de telles contributions, mais de telles bosses. Alors les emplois ne seront plus donnés à l’intrigue et à la faveur, mais selon les diverses bosses de la tête. Ce sera le temps enfin où tout sera bien réglé dans la machine politique et sociale, lorsque chacun occupera la place et exercera la profession que lui assigneront ses bosses.

En attendant cette heureuse époque, je me demande pourquoi l’académie phrénologique ne se charge pas dès à présent, plutôt que l’académie française, de décerner les prix de vertu. Ce serait épargner beaucoup de peine et d’enquêtes à MM. de l’Institut ; car chaque individu vertueux a la bosse de sa vertu, et la vertu de sa bosse. Aussi n’y aurait-il pas moyen de tromper des phrénologistes. Ils vérifieraient au seul toucher les vertus dignes de la médaille ou bien du prix, et pour eux ce serait fait en un tour de main.