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UN SOUVENIR DU BRÉSIL.


Connaissez-vous la reine de l’Amérique, la ville au sept collines, aux mille panoramas ? Si vous n’avez pas visité Rio-Janeiro, je vous plains, car vous pourriez monter sur le meilleur navire qui se balance dans nos ports, vous lancer avec lui sur les mers, et si vous êtes jeune, voir vos cheveux blanchir, avant d’avoir rencontré son égale. Moi qui vous parle, je suis monté souvent sur les sept collines de son enceinte, et je vous jure que chaque fois je ne pouvais en descendre. C’est qu’en vérité il y a une fascination que je ne saurais vous décrire dans ce ciel ; ce n’est pas une voûte bleue comme le ciel du nord qui pèse pâle et triste sur votre tête, et arrête vos regards et votre pensée dans leur essor à travers l’espace. Là, vous pourriez pénétrer jusqu’à Dieu, s’il vous avait permis de le voir et de ne pas mourir. Et puis ces montagnes ! ces cent îles verdoyantes qui inclinent leurs palmiers sur les eaux ! ces mille navires qui sillonnent leur azur ou qui dorment en allongeant leurs ombres sur les lames onduleuses ! croyez-moi, c’est une terre d’ineffaçables souvenirs : il ne lui manque que l’absence des hommes.

Or, un jour voici ce que je vis : c’était à l’heure qui précède le crépuscule fugitif des tropiques, lorsque le soleil a cessé d’être perpendiculaire, et que la brise souffle du large. Un navire