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intéressante, et qui nous est aussi promise, sera celle du journal de l’illustre Écossais et de sa correspondance. On sait que, dans ce journal commencé depuis longues années, il a consigné scrupuleusement et avec une grande exactitude toute l’histoire de sa vie privée et celle de ses rapports avec les hommes les plus distingués de l’Europe entière.

Après tant de portraits littéraires de l’auteur d’Ivanhoé, il est curieux aussi de voir quel portrait moral en fait James Hoog, dans un spirituel article sur la statistique du Selkirkhire, inséré au dernier numéro du Journal trimestriel d’agriculture. Parler de Walter Scott comme homme littéraire, dit James Hoog, serait le comble de l’absurdité chez un écrivain qui s’occupe de statistique. Sous ce jour, Walter Scott est connu et apprécié de tout l’univers, partout du moins où les lettres ont pénétré. Mais ceux qui le connaissent seulement par les quelques centaines de volumes qu’il a publiés, ne connaissent que la moitié de l’homme, et non pas même la meilleure. C’est un ami sûr, candide et sincère, exprimant toujours franchement son opinion, qu’elle soit ou non conforme à la vôtre. Il n’est jamais l’ennemi d’un homme, bien qu’il puisse l’être de ses principes, et je ne crois pas que, dans tout le cours de sa vie, il lui soit jamais arrivé d’offenser quelqu’un. Son impartialité comme juge est si bien établie, que jamais nul individu, riche ou pauvre, n’a même essayé d’exercer sur ses décisions la moindre influence. S’il pouvait pourtant se laisser aller à quelque sentiment de partialité, ce serait en faveur des braconniers et des pêcheurs de nuit. Ils prétendent tous au moins qu’il existe une véritable sympathie entre eux et lui ; ils vous diront qu’il y a en sir Walter Scott quelque peu du vieux sang contrebandier, et que si les circonstances le lui eussent permis, il se fût montré parmi eux l’un des plus déterminés. Et vraiment ou assure que, dans sa jeunesse, parfois il prenait son fusil, et s’en allait tirer à la dérobée quelque coq de bruyère.

Sa constitution était des plus vigoureuses. Ses épaules, ses bras, tous ses membres étaient taillés en force. Aussi, comme l’observait Tom Purdie, s’il n’eût pas été boiteux, à force de courir les champs, le gaillard se serait fait assurément pincer une bonne fois.

L’acteur Claremont, le Desmousseaux de l’Angleterre, qui est mort dernièrement à Londres, dans sa maison, rue Percy, est un remarquable exemple du chemin que l’on peut faire avec une bonne conduite et de l’économie, sans avoir d’ailleurs de bien saillans moyens. Ce comédien fut originairement engagé au théâtre de Covent Garden aux appointemens de 10 livres par semaine. Il mettait de côté la meilleure partie de cette somme, vivant dans une chambre dont il ne payait le loyer que 12 livres par an et ne mangeant d’habitude, pour son dîner, qu’une côtelette de mouton qu’il préparait lui-même chez lui. Il s’arrangeait néanmoins pour se faire inviter à dîner en ville quatre ou cinq fois la semaine, ce qui lui épargnait alors jusqu’aux frais de la côtelette.