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Lorsque John Kemble dirigeait le théâtre de Covent Garden, Claremont jouissait d’une haute faveur, non point pour l’excellence de son jeu, mais pour la précision et la régularité de sa tenue sur le théâtre et hors du théâtre. Il apportait tant d’attention dans l’accomplissement des conditions mécaniques de son état, qu’il fît dire alors de lui : Vous voyez en quel endroit de la scène Claremont a posé son pied ce soir, et bien mettez un clou à cette place, et dans six mois, que Claremont joue le même rôle, et vous retrouverez ce clou sous son pied.

John Kemble faisait le plus grand cas de cette pointilleuse exactitude, et il répétait à tous les jeunes acteurs : « Étudiez M. Claremont, messieurs, étudiez M. Claremont. »

Cependant par la suite et peu-à-peu les appointemens de M. Claremont se trouvèrent réduits à 3 livres par semaine, et on le menaça même de les soumettre à une plus forte réduction. Mais, pour éviter cette humiliation, comme il avait d’ailleurs amassé une petite fortune, il quitta le théâtre et fit son tour de France et d’Italie.

Il y a quelques années, comme il revenait à Londres après une tournée dans les comtés, durant les vacances de Covent Garden, sir Harris, le directeur, lui demanda comment il avait passé son temps. — Oh ! j’ai couru l’Angleterre, répondit Claremont. — Et qu’avez-vous joué ? — Richard III, monsieur, deux fois. — Deux fois ! Oh ! non pas sans doute deux fois dans le même endroit, monsieur Claremont, dit en souriant sir Harris.

Une complète réconciliation parait s’être opérée aux courses d’Egham entre le duc de Sussex et le roi Guillaume. C’est encore un symptôme qui ne présage guère la réapparition des tories au pouvoir.

Un journal de la Toscane parle d’un miracle tout récemment inventé par un certain M. Moccia, ecclésiastique d’environ cinquante ans, et qui s’est fait déjà connaître, en Italie, comme auteur de plusieurs ouvrages classiques. Ce prêtre possède, à ce qu’il semble, comme Jésus-Christ, la propriété d’être insubmergeable (qu’on nous pardonne l’expression). Il se jette indifféremment dans la mer, dans les rivières, dans les torrens, dans les mares et dans les puits, et reparaît immédiatement à la surface de l’eau, les bras croisés et sans la moindre apparence de gêne. Son plus grand divertissement est d’aller se coucher et dormir sur la mer pendant la chaleur. Le secret de ce miracle consiste en ce que le corps de M. Moccia pèse trente livres de moins qu’un volume d’eau de même dimension.

Des lettres de Zante racontent une anecdote tout-à-fait caractéristique et qui peint à merveille les mœurs douces et civilisées des nouveaux sujets du prince Othon. Deux militaires anglais, sur l’invitation du célèbre Colocotroni, étaient allés passer chez lui quelques jours. Tout l’état-major du chef moréote était habituellement admis à sa table, chacun de ses officiers ayant toujours alors, au moins, quatre pistolets chargés et deux poignards à sa ceinture. Un jour, pendant le dîner, l’un d’eux