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tragiques. Mais que voulez-vous ? Messieurs Bossange et Frédéric Soulié nous ont à leur tour produit une pièce taillée en petit et réduite d’après les monstrueux patrons de la Porte-Saint-Martin. C’est le même astre sanglant qui éclaire ce drame aussi peu vrai, moins habile seulement, moins vigoureux que ses modèles. C’est toujours le bourreau qu’on y voit poindre à l’horizon, dès le premier acte. Ne cherchez-là, d’ailleurs, non plus ni naturel ni consistance dans le style et dans les caractères. On s’y acharne encore impitoyablement à des lieux communs, bien vieux déjà pourtant et bien usés, tels par exemple que les épigrammes sur la diplomatie et sur les femmes. Il y est dit de ces dernières, qu’elles ne trouvent impertinens que ceux qui ne le sont pas assez, — et autres maximes de cette force. Le quatrième acte offre seul quelques scènes de passion sentie. La situation a porté les auteurs en dépit d’eux-mêmes. Mais nous le répétons, la pièce n’existe que par mademoiselle Mars. Quant à Ligier, il nous a semblé médiocre, et puis nous sommes un peu de l’avis d’un brave monsieur qui était placé près de nous, et trouvait que cet acteur n’était pas supportable en habit bourgeois. Cela est cependant fâcheux. On ne peut pas toujours avoir sur la tête le casque d’Achille ou le bonnet de Louis XI.

La quinzaine n’aura pas été stérile pour la poésie. Outre l’ode magnifique sur Napoléon II, de M. Victor Hugo, qui, nous devons l’avouer, a mis en défaut notre critique, nous avons eu celle de M. Charles Lassailly sur le même sujet, puis un fougueux dithyrambe à M. Guizot par M. Leclère, et une touchante complainte à l’infortuné Ramus par un anonyme. Il est inutile de dire que ces derniers morceaux se chantent, si l’on veut, sur l’air du Maréchal de Saxe.

Voici que maintenant se présente à nous la Cucaracha, nouvel ouvrage de M. Eugène Sue.

Si vous me demandez ce que c’est que la Cucaracha [1], moi je vous répondrai qu’en espagnol, c’est un ignoble insecte qu’en français nous appelons cloporte. M. Eugène Sue, qui poétise davantage, vous dira que c’est une mouche qui pique, et qui a la vertu de faire chanter ceux qu’elle a piqués. Or, M. Eugène Sue suppose qu’il a été piqué par cette mouche. Mais, au lieu de le contraindre à chanter, elle le contraint à nous raconter des histoires, et voilà pourquoi la collection de ces histoires s’intitule : la Cucaracha. C’est bien. De toute façon la Cucaracha est un excellent titre de livre. C’est un titre selon le cœur des libraires, un titre éminemment propre à figurer en lettres d’un pied sur une immense affiche, pour le plus grand ébahissement des badauds : c’est un titre à succès.

Quoi qu’il en soit, la Cucaracha se compose de contes et de nouvelles déjà publiés en partie dans cette Revue et dans d’autres recueils, ce qui nous dispense d’en parler avec beaucoup de détails. Les contes plus ou

  1. Chez Urbain Canel et Guyot, place du Louvre.