Page:Revue des Deux Mondes - 1832 - tome 8.djvu/396

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et aurait dû lui faire grand plaisir, lui perça le cœur. Son siège était fait, avec les troupes du père Varo, il est vrai ; n’importe, au lieu d’étudier l’ouvrage du père Prémare, il n’eut de repos que quand il eut persuadé à tous ceux qui ne savaient pas le chinois, et à lui-même qui ne le savait guère, que sa grammaire, ou du moins celle qu’il appelait ainsi, était beaucoup meilleure que cet ouvrage, qui arrivait si mal à propos de la Chine pour troubler son triomphe. Enfin, il s’avisa de ce que M. Rémusat appelle une délicatesse étrange : ce fut d’adresser au père Prémare une critique de la grammaire que celui-ci avait composée en partie pour lui faciliter l’étude du chinois. Cette singulière épître dédicatoire est de la comédie toute pure.

« Que pensez-vous vous-même, lui dit-il, de la division générale de votre livre, mon très-cher ami ? elle n’est assurément pas très-philosophique vous détruisez de la main gauche ce que vous avez voulu élever de la droite Je vous ai

excusé tant que j’ai pu, mais j’ai perdu ma peine ; certains hommes doctes trouvent que votre ouvrage manque de méthode, qu’il est tronqué, non pour ne pas avoir été achevé, mais parce que les choses essentielles y sont passées sous silence... Tout ce que vous dites de quelques verbes et particules leur semble superflu... Ce qui abonde, leur dis-je, ne vicie pas... mais ils voudraient que vous eussiez été plus concis, en cela je ne suis pas tout-à-fait de leur avis...»

Il est impossible de ne pas penser à certaine scène du Misanthrope :

Hier j’étais chez des gens de vertu singulière,
Où sur vous du discours on tourna la matière.

Je fis ce que je pus pour vous pouvoir défendre.

Certainement, si Arsinoé eût su le chinois, elle eût écrit au père Prémare une lettre dans le goût de celle de Fourmont.

Du reste, ni la grammaire du père Varo, publiée sous le nom de Fourmont, ni celle du père Prémare, infiniment meilleure, mais manquant, à ce qu’il paraît, de méthode et de choix, ni la dissertation publiée en 1809, à Sirampour, par M. Marshman,