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ceux qu’il a produits, et en cela il est supérieur à ceux qui, ayant la même richesse, n’ont pas la même avarice. Quand il achève l’explication de son idée, on sent qu’il garde encore en lui-même bien des trésors qu’il pourrait montrer ; mais on lui sait bon gré de sa parcimonie : il est magnifique, mais il n’est pas prodigue.

Il faut remercier M. Véron d’avoir pensé à naturaliser sur la scène française le chef-d’œuvre de Mozart. Puisque, malgré son habileté que personne ne conteste, il n’a pas pu trouver un opéra pour la saison, puisque l’auteur de Guillaume Tell ne se décide pas à écrire pour nous une partition nouvelle qui grossisse la liste déjà si glorieuse de ses inventions, c’est une heureuse idée d’avoir songé à rajeunir par la pompe des décorations, par la richesse des costumes, un drame musical du premier ordre qui s’en passerait bien, mais qui n’a rien à y perdre. Les magnificences que M. Véron a déployées lundi dernier sur notre scène lyrique serviront à populariser la gloire de Mozart. Le public français, si renommé dans toutes les capitales de l’Europe pour la finesse de son goût et la sagacité de ses jugemens, ne renonce pas volontiers au plaisir des yeux : il n’en est pas encore venu à aimer la musique pour elle-même. M. Véron le sait bien, et il s’est prêté de bonne grâce aux caprices de l’hôte qu’il avait invité. Paris n’est pas encore à la hauteur de Naples ou de Berlin, il juge la musique plus sévèrement que l’Allemagne et l’Italie, mais il se défie de lui-même et se consulte long-temps avant de se prononcer. Il faut donc n’épargner rien pour le circonvenir et l’attirer.

L’ouverture a été bien rendue. Le final du second acte a été exécuté avec une vigueur et une précision qui ne laissent rien à désirer. Les masses vocales étaient bien conduites et chantaient comme une seule voix.

Levasseur, Adolphe Nourrit et Mlle Falcon ont très bien compris la difficulté de la tâche qu’ils avaient acceptée. Levasseur, moins vif, moins comique que Santini, a été, selon moi, plus fidèle à l’esprit de son rôle. Dès son entrée en scène, il s’est posé d’une façon grave. Il y avait dans sa raillerie, dans sa gaîté bruyante, quelque chose de satanique. Quant à l’exécution vocale, il a été parfait. Adolphe Nourrit, avec la chaleur d’ame et la pureté de chant qu’on lui connaît, a su imprimer au caractère de don