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l’ambassadeur épousaient chacun une veuve ; mais le ministre avait choisi le meilleur dénouement. Si sa femme avait un lustre de moins que Mme Dawidof, qui en a dix bien comptés, elle avait de plus 380,000 livres de renie.


REVUE MUSICALE.

Voici les Italiens de retour. A l’heure dite, les portes se sont ouvertes, et la joyeuse salle a retenti des sons accoutumés. L’ouvrage qu’ils ont choisi pour leur début, la Gazza, est certainement l’un des plus beaux opéras de Rossini. Toute cette musique est inspirée, ardente, pleine de verve et d’entraînement, La mélodie abonde, les idées se succèdent ; alors comme aujourd’hui le grand maître les semait avec profusion sans trop s’inquiéter du terrain qui devait les recevoir. En effet, toutes les fois qu’on entend un opéra sérieux de Rossini, on s’étonne de l’indifférence avec laquelle un homme de tant de force et de génie aborde les situations élevées. On dirait qu’il n’a jamais à s’occuper de l’expression musicale. Il donne à son œuvre l’idée qui chante en lui au moment qu’il se met au clavier. Si l’expression que vous lui demandez est triste quand sa mélodie est folle, tant pis, car il ne changera rien à sa pensée, et vous aurez une cabalette extravagante à la place d’une belle émotion.

La méditation profonde sur une œuvre, Rossini ne la connaît pas. On dirait que sa musique est toute dans sa tête, vase harmonieux d’où s’épanche la mélodie immédiatement et sans filtrer jamais à travers l’âme, comme chez Weber, Beethoven et Mozart. C’est d’ailleurs au mauvais goût du public, empressé toujours à louer chez un homme de génie ce qui sans contredit a le moins de valeur, qu’il faut attribuer ces négligences si fréquentes. Comment refuser le sentiment de l’expression dramatique à l’auteur du magnifique andante du duo de Sémiramis et du trio de la Gazza, dont la transition imprévue est d’un si grand effet ? Malgré toutes ces imperfections, la Gazza n’en est pas moins un des plus beaux ouvrages de l’école italienne. Sous quelque forme qu’elle se révèle, il faut adorer la mélodie ; et je le répète, jamais l’imagination si féconde du grand maître ne l’a répandue avec plus d’abondance. L’introduction est dessinée avec la finesse exquise d’un tableau flamand. Les caractères du fermier et de sa femme y sont tracés avec une admirable originalité. La scène du jugement, dont toute la première partie est grande, d’un l}eau style, n’a que le tort de se terminer par une malencontreuse cabalette qui met toute la salle en émotion de plaisir, tandis que sur la scène ce pauvre Tamburini s’arrache les cheveux de désespoir. Une chose remarquable chez Rossini, c’est cette verve qui, dans tous ses ouvrages, ne se dément jamais un seul