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que le nôtre, de régler tranquillement les développemens de leur activité, de choisir à loisir la forme harmonieuse et souvent unique qui devait enfermer leur génie. Mais nous, il faut marcher, pas de repos. Celui qui voudrait arrêter sa vie dans les préoccupations d’un seul monument, risquerait de découvrir son œuvre au milieu d’une société nouvelle, comme si un artiste du siècle des Antonins eût attendu longues années pour montrer une statue de Minerve à des générations prêtes à tomber aux genoux de Jésus-Christ.

Si donc un seul livre ne suffit plus à l’expression d’un homme ni à la satisfaction du siècle, si la pensée, tant individuelle que générale, veut éclater périodiquement, il importe que l’unité se retrouve toujours dans le siècle et dans l’homme.

Le un ne désobéit pas à l’attraction vers l’unité. Dans son sein, pas un esprit ne conçoit, pas un bras ne se meut sans travailler à l’unité. L’anarchie est à la superficie ; le dessein de Dieu est au fond. Insensés qui dénoncent au monde sa ruine imminente et qui sonnent les cloches funéraires au lieu de celles du baptême !

L’homme doit se mettre en rapport avec l’esprit de son siècle, et dans la conscience du genre humain, il trouvera sa propre unité. Alors il peut être tranquille sur la grande direction de sa carrière ; il ne s’égarera pas. Des déviations légères, des méprises inévitables, réparées aussitôt que reconnues, ne sauraient le jeter hors des grandes voies de l’humanité : il marche sûrement et avec courage jusqu’aux dernières limites de si force et de sa vie. Il sera récompensé, si, avant de disparaître, il peut en se retournant reconnaître la série des témoignages de lui-même semés par ses labeurs à travers la route, s’il peut assigner à chacun d’eux un sens dans sa vie, un mérite dans la communauté humaine. L’unité est là aujourd’hui ; elle ne réside plus tant dans la forme que dans l’esprit.

Voilà pourquoi il nous semble peu utile d’altérer par de nombreux changemens le caractère d’un livre. Il vaut mieux construire à côté que de s’épuiser en réparations. Même les imperfections saillantes d’une œuvre peuvent en constituer l’originalité dans la série générale. D’ailleurs, s’attacher à se changer dans le passé, au lieu de se développer dans l’avenir, serait d’une vanité impuissante.

Nous n’avons donc fait à ce premier essai que les corrections de détail dont une revue sérieuse montre toujours la nécessité. Nous avons conservé les divisions, les pensées, l’esprit du livre, et nous devons déclarer franchement au lecteur que nous avons été souvent consolés des défauts sans nombre qui le déparent, par la pureté sincère des dispositions générales qui nous animaient alors en l’écrivant.