Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 4.djvu/726

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— Eh bien ! mon brave ami, dit Satan, vous avez donc besoin de moi ?

— J’avoue, monseigneur, répondit le bailli, que votre aide ne nous serait pas inutile.

— Pour ce maudit pont, n’est-ce pas ?

— Eh bien ?

— Il vous est donc bien nécessaire ?

— Nous ne pouvons nous en passer.

— Ah ! ah ! fit Satan.

— Tenez, soyez bon diable, reprit le bailli après un moment de silence ; faites-nous en un.

— Je venais vous le proposer.

— Eh bien ! il ne s’agit donc que de s’entendre… sur… — Le bailli hésita.

— Sur le prix, continua Satan, en regardant son interlocuteur avec une singulière expression de malice.

— Oui, répondit le bailli, sentant que c’était là que l’affaire allait s’embrouiller.

— Oh ! d’abord, continua Satan, en se balançant sur les pieds de derrière de sa chaise et en affilant ses griffes avec le canif du bailli, je serai de bonne composition sur ce point.

— Eh bien ! cela me rassure, dit le bailli ; le dernier nous a coûté soixante marcs d’or ; nous doublerons cette somme pour le nouveau, mais c’est tout ce que nous pouvons faire.

— Eh ! quel besoin ai-je de votre or ? reprit Satan ; j’en fais quand je veux. Tenez.

Il prit un charbon tout rouge au milieu du feu, comme il eût pris une praline dans une bonbonnière. — Tendez la main, dit-il au bailli. — Le bailli hésitait. — N’ayez pas peur, continua Satan, et il lui mit entre les doigts un lingot de l’or le plus pur, et aussi froid que s’il fût sorti de la mine.

Le bailli le tourna et le retourna en tous sens ; puis il voulut le lui rendre.

— Non, non, gardez, reprit Satan en passant d’un air suffisant une de ses jambes sur l’autre, c’est un cadeau que je vous fais.

— Je comprends, dit le bailli en mettant le lingot dans son escarcelle, que si l’or ne vous coûte pas plus de peine à faire, vous