Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 2.djvu/119

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le second, c’est peut-être l’abandon de ce caractère de mélancolie imposante et de sensibilité profonde qui a si magnifiquement favorisé en Allemagne l’élan poétique pendant un demi-siècle. Quoique les productions où l’esprit domine aient fait à notre nation une réputation auprès de la foule, surtout à l’étranger, on prise chez nous cette qualité beaucoup moins qu’on ne le pourrait croire. D’ailleurs la masse toujours croissante des gens qui ont voulu se recommander par là, nous en a dégoûtés. Nous préférons généralement, surtout dans la littérature de nos voisins, la raison éloquente et la poésie, même un peu trop naïve. Et puis, quoiqu’on puisse citer de notables exceptions, je crains fort que le génie allemand se prête peu à la plaisanterie, et que le résultat le plus net de cette tentative soit une foule de bouffons insipides.

J’ai dit pourtant que beaucoup d’Allemands contemporains réussissaient en ce genre, et le livre de M. Detmold est une preuve fort remarquable de cette assertion, un symptôme éclatant de cette nouvelle direction qui méritait d’être signalée. On en jugera par les citations suivantes, qui font d’ailleurs connaître le but de l’ouvrage.

« Le jour où s’éveilla soudain le sentiment artistique à Hanovre, le 24 février 1833, il lui fallut faire d’abord triste figure. Il y avait à la vérité une foule de tableaux dont plusieurs étaient sans doute excellens ; on trouvait aussi des artistes distingués, mais le sentiment artistique fut mal servi pour son cortége de connaisseurs. Il y en avait fort peu. Le public ressentit vivement leur absence ; on ne voulait pourtant pas avoir donné pour rien son argent : on voulait au moins rapporter, pour le prix de l’entrée, un jugement, l’avis d’un étranger, à défaut du sien propre. A qui s’adresser ? Les chambres de l’exposition où le public était endoctriné par quelqu’un des rares connaisseurs établis ici, étaient toujours remplies ; chacun se pressait pour entendre les paroles de la sagesse, mais ces chambres ne pouvaient contenir tout le monde… Donc notre essai, qui donne à chacun la possibilité de devenir connaisseur, répond à un besoin réel et vivement senti.

« Pourquoi l’art existe-t-il ? on l’ignore. Cette question a été souvent débattue, mais jamais résolue. L’art n’est pas un mal nécessaire comme la science médicale, la jurisprudence, le métier de soldat, et tant d’autres sciences et métiers… L’homme doit trouver du plaisir à l’art ; mais on ne peut pas jouir de toute sorte de plaisirs sans préparation : il faut tout apprendre, même la jouissance. Les jeux de quilles, de whist, sont sans doute des amusemens importans, mais ils veillent être appris. Il en est de même du plaisir de l’art ; celui qui l’a appris est un connaisseur, et de même que les quilles et le whist n’existent que pour ceux qui savent y