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et de science positive dont la réunion caractérise la plupart des écrivains allemands. A ceux qui trouveraient ces vues trop avancées pour l’état de l’humanité, nous ferons remarquer qu’il nous est peut-être facile, à nous autres Français, d’attendre des améliorations que nous obtiendrons infailliblement, mais que la position malheureuse et impolitique faite aux patriotes allemands par les souverains justifie ou explique l’irritation et la haine qui peuvent quelquefois nous affliger à la lecture de ce journal.


DARSTELLUNGEN AUS PER GESCHICHTE DES RÉFORMATIONS. ZEITALTERS (Tableaux du siècle de la réforme, etc. ), par Wachsmuth. 1 vol. in-8°, Leipzig.


Pendant que le Geœchtete prédit les révolutions futures de l’Allemagne, M. Wachsmuth raconte celles du passé, et s’occupe uniquement du XVIe siècle, qui, malgré les efforts des historiens et des romanciers, restera pour le monde moderne une mine inépuisable de découvertes, un livre d’enseignemens qui paraîtront toujours nouveaux. Dans le XVIe siècle se trouvent toutes nos idées actuelles, ou en germe, ou développées avec des moyens semblables à ceux que nous employons aujourd’hui. Fiers de nos découvertes et de notre culture intellectuelle, fécondée avec un zèle incessant et infatigable, nous sommes confondus en voyant que toutes ces conquêtes, que nous croyions nôtres, nous ont été indiquées et presque commandées il y a trois cents ans. Le XVIe siècle a fait faire des pas gigantesques à toutes les sciences, sans être préparés et conduits comme nous l’avons été. C’est un bisaïeul qui tient encore par la main son arrière-petit-fils. L’expérience antique du vieillard étonne le jeune homme qui ne peut comprendre que des impressions, des faits tout neufs pour lui, aient déjà été révélés de la même manière. Il ne veut pas croire à l’entière similitude des conséquences, et chaque instant lui démontre que le bisaïeul avait en lui une révélation complète.

Ainsi, nous nous croyons forts et passés maîtres en révolution. Peu s’en faut que nous ne pensions en avoir inventé la théorie. C’est de notre temps seulement que date l’emploi de certains leviers qui soulèvent les masses tôt ou tard. Nous avons appris à nous défier des dévouemens égoïstes, des hommes à positions intermédiaires. Nous savons, par la connaissance de tel désir isolé d’un homme, quel parti il prendra dans une commotion politique. Tout cela est aussi vieux que le XVIe siècle. L’insurrection des paysans allemands en 1525 n’offre rien qui n’ait précédé un fait semblable de notre temps. Les paysans se révoltèrent d’abord à cause des affreuses vexations dont les accablaient les seigneurs, et bientôt ils eurent