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leurs écrivains religieux et politiques, qui mirent la science et la presse au service des masses. La fameuse déclaration des douzes articles invoqua le droit religieux et naturel pour l’abolition des corvées, des dimes, du droit exclusif de chasse et de pêche, du monopole de l’église catholique, de la main-morte et de toute espèce de privilèges. Puis des brochures aussi nombreuses que celles de nos jours discutèrent tous les principes de l’ordre social avec une hardiesse qui nous semble inouie. On demanda l’abolition de toute hérédité, l’élection de l’autorité, y compris l’autorité royale ; quelques-uns conclurent à l’abolition de la monarchie, au partage des biens, puis à la mort de tout noble ou prêtre qui résisterait. À la tête de ces prédicans d’opinions si avancées se trouvait le fameux Thomas Mùntzer, qui fit appliquer quelque temps ses doctrines aux environs de Fulda. Pour que rien ne manquàt à la ressemblance avec des temps plus rapprochés de nous, des nobles qui voulaient se faire des principautés temporelles aux dépens du clergé catholique, ameutèrent les bourgeois et les paysans contre les princes ecclésiastiques et les couvens. Franz de Sickingen, le premier, fit avec de tels soldats la guerre à l’archevêque de Trêves. Le duc Ulrich, voulant recouvrer le Wurtemberg, demanda le secours des paysans révoltes, disant qu’il lui importait peu de reconquérir sou trône avec la botte du cavalier ou le soulier du paysan, faisant allusion au soulier ou sabot doré que les révoltés portaient pour enseigne. D’autres nobles marchèrent avec eux, moitié de gré, moitié de force. De ce nombre fut le célèbre Gœtz de Berlichingen qui les accompagna pendant quatre semaines, suivant le serment qu’il leur en avait fait. Quand les politiques de l’insurrection virent que les excès des paysans nuisaient à l’entreprise, dont chacun comptait tirer un profit différent, ils demandèrent qu’il fût rédigé une interprétation des douze articles, disant que les paysans les avaient mal compris. Il fut arrêté dans ce commentaire que l’ancien ordre de choses devait subsister jusqu’au moment où une réforme générale serait convenue. En attendant cette reforme, les insurgés, qui se souciaient fort peu de ce que désiraient leurs meneurs, continuèrent à promener le pillage et l’incendie jusqu’au moment où ils furent massacrés par les troupes des princes temporels et spirituels.

Après la victoire, plusieurs de ceux-ci, parmi lesquels l’évêque de Würtzbourg et le grand-maître de l’ordre teutonique, louèrent des bourreaux pour faire une justice très étendue dans les promenades qu’ils firent à leur tour.

L’auteur de ce mémoire, M. Wachsmuth, s’était proposé d’abord de faire l’histoire générale de toutes les guerres et révoltes de paysans dans l’Europe moderne. La grandeur de l’entreprise paraît l’avoir effrayé, et