Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 2.djvu/150

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tout entier sur son ennemi, et ses luttes de tous les jours lui ont rendu familières toutes les ressources de la tactique la mieux appropriée au pays. La population arabe a pris tout le développement que comporte la quantité de subsistances que peuvent produire les terres avec le régime d’exploitation auquel elles sont soumises. Les enlever aux nomades, soit par la force, soit par des traités, c’est refouler les tribus les unes sur les autres. Si celle dont nous aurions pris la place cherchait à s’en faire une entre les tribus qui se sentiraient menacées par nous du même avenir, elle trouverait celles-ci coalisées pour la repousser, et n’aurait de ressource que de se mettre à leur service pour faire une guerre d’extermination à l’ennemi commun : il n’est pas douteux que nos soldats ne continssent avec une patience héroïque ces combats sans gloire, mais il ne faut pas perdre de vue que c’est pour des travaux agricoles, et non pas pour des bulletins, que nous cherchons en ce moment un champ.

De toutes les entreprises auxquelles peut se livrer l’homme, il n’en est point qui exige plus de sécurité, plus d’avenir, que les entreprises agricoles. Le capital une fois engagé ne peut plus être retiré ; il est immobilisé comme le sol même auquel il est affecté, et, pour l’anéantir, il suffit d’une interruption de travaux : quant au revenu, les fruits du labeur de toute une année peuvent s’évanouir en une heure. Que serait-ce donc que des troupeaux, des récoltes, perpétuellement exposés à l’ennemi le plus agile, le plus implacable, le plus habile à dissimuler ses attaques et sa retraite ? Le pied de l’Atlas fût-il garni de troupes, qui voudrait aller exposer des capitaux sur la foi qu’un officier ne pourra pas être négligent ou un caporal ivre un seul jour ? Quand une telle assurance serait donnée, ce ne serait rien encore ; l’existence des cultures serait subordonnée à des évènemens sur lesquels le gouvernement local n’aurait aucune espèce d’action. Vingt évènemens peuvent susciter en Europe une telle guerre que la France devrait, sans hésitation, retirer d’Afrique une notable partie de ses troupes, et n’y laisser que ce qui sera strictement nécessaire à la défense des côtes. Que deviendraient alors les fermes de la Mitidja ? Elles disparaîtraient en une semaine, et les garnisons elles-mêmes se verraient