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donc être d’autant plus attentive à ne rien ordonner que de parfaitement juste. Quand les surtaxes du sucre étranger et les primes du sucre colonial ont été établies, ce n’est pas au colon producteur qu’elles ont profité, car il ne s’est pas enrichi, et ses dépenses ont égalé son revenu, quand elles ne l’ont pas surpassé. C’est le commerce de la métropole, sa production agricole, son industrie manufacturière, sa navigation, qui étaient protégés par le monopole que l’on conservait. A cette heure, que le sucre colonial trouve en France un produit qui lui fait concurrence dans la consommation, qui partage ses primes ou drawbacks à l’exportation, C’est à la fois le colon et le producteur des objets destinés à la colonie qui souffrent.

Quand un pays métropole se met à produire un objet qui lui est ordinairement fourni par une de ses colonies, il ne peut plus retarder de donner à cette colonie son émancipation commerciale, ou de lui accorder l’abolition complète de l’impôt qui pèse sur cet objet ; car, s’il cherche, par des taxes inégalement réparties, à équilibrer la valeur des deux produits, qui le garantira des erreurs des enquêtes, des chances des récoltes, des variations des transports, des efforts enfin des concurrens ? Si la législation a la mobilité de ces élémens, quelles plaintes chacun des changemens à y introduire ne soulèvera-t-il pas ? Les législateurs, qui ont sous les yeux les intéressés de l’un des partis, ne subiront-ils pas une influence qui peut, jusqu’à un certain point, égarer leur jugement ? Se feront-ils accuser de l’usage monstrueux du droit de la force ? Le mieux est donc d’arriver, dès l’abord, à un état normal, qui doit finir par être celui de tous les pays producteurs.

Les colonies anglaises des Indes occidentales et de l’Amérique du sud trouvent dans la consommation croissante de la Grande-Bretagne un motif suffisant de ne pas souhaiter un changement qui se fera plus tard. Les colonies françaises, moins favorisées, ne peuvent trop ardemment le provoquer. Nous avons montré que, sur un seul article, la farine, il existait une surcharge de 1,200,000 fr., imposée à nos Antilles ; mais que, si nous passions en revue tous les objets de consommation qu’elles reçoivent forcément de nos ports, si à cela nous ajoutions la différence du frêt de notre navigation avec les navigations étrangères, nous ne trouverions pas moins de 12 millions de francs à économiser pour elles, à s’adresser sur d’autres points, pour les articles que la France ne produit pas à assez bas prix. La production moyenne du sucre s’en trouve renchérie de 15 fr. par 100 kilog. Nous pourrions, par un travail prolongé, établir les détails de cette espèce d’enquête ; mais il n’est pas de commerçant qui ne puisse les suppléer.

Nous ne faisons aucun doute que, si l’émancipation commerciale vient à être