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accordée, nos colonies des Antilles lutteront très bien, sur les marchés du nord de l’Europe et de la Méditerranée, avec les colonies espagnoles, si prospères, avec le Brésil, et surtout avec l’Inde, dont les savans de ce pays-ci nous menacent sans s’enquérir des points qui fournissent du sucre, des développemens que cette culture peut prendre, et encore moins des débouchés que déjà l’Inde est tenue d’alimenter.

Il ne suffit pas, pour créer une production, qu’un climat puisse produire, qu’il ait même une population suffisante. Nous en avons assez d’exemples. Toute notre excitation et nos sociétés agricoles ont-elles amené la France à se passer des 40 et 50 millions de soie qu’elle prend de ses voisins ? Démontrer les avantages d’une production, l’encourager par des prix et des médailles, cela peut stimuler un petit nombre d’hommes ; mais cela ne suffit pas toujours pour vaincre la routine et la résistance d’inertie.

La concurrence de Cuba, du Brésil et de l’Inde sera moins dangereuse que celle du sucre de betteraves pour nos colonies, dès qu’on leur permettra de recevoir, avec le pavillon français, les pavillons d’Anvers, de Hambourg, de Brème, de l’Angleterre, de Gênes, de Trieste, et surtout des États-Unis. L’échange de leurs produits contre les besoins de leurs consommations se fera alors en dehors des obligations forcées qui les enchaînent, et les avantages seront réciproques.

Le poète italien l’a dit : Les cités meurent, les empires meurent ; muojono le città, mujono i regni. Et les colonies ne sont pas exceptées de la loi commune ; mais la mort, que des économistes de mauvais augure paraissent leur prédire avec tant de plaisir, est-elle une chose si certaine et destinée à arriver si soudainement, qu’une grande mesure comme l’émancipation commerciale ne pût la conjurer ? Qui parle de l’extinction de Cuba, de la Louisiane, qui est aussi une colonie, bien qu’appelée au rang des états ? Et qui pourrait assigner un terme aux longs jours de leur prospérité ?

Le commerce et la navigation de nos ports, nos industries diverses ont bien certainement quelque chose à redouter de l’émancipation commerciale de nos colonies ; cependant il faut se rappeler que quelques-unes de nos. grandes cités ont souvent sollicité l’égalisation des droits sur les produits coloniaux de toutes les provenances. Cette mesure en serait la conséquence, et dans nos colonies, comme à Cuba, à Java, à Manille, chaque peuple porterait ce qu’il a de plus avantageux à vendre, pour rapporter en retour ce qui convient le mieux chez lui sans se croire chargé de fournir les choses pour lesquelles il ne peut solliciter de préférence.

I1 reste la question du trésor public. Après l’avoir bien méditée, elle nous a paru indépendante de l’émancipation commerciale des colonies.