Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/565

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On sait que la conférence, joignant les questions du Luxembourg et du Limbourg, résolut l’une et l’autre par le morcellement de ces deux provinces. Le Luxembourg wallon resta à la Belgique, le Luxembourg allemand fut déclaré souveraineté particulière de la maison de Nassau, pour être possédé par elle comme état de la confédération germanique (art. 2). Dans le Limbourg, la Hollande s’étendit sur les deux rives de la Meuse et domina son cours. Sur la rive droite, on joignit aux anciennes enclaves hollandaises tout le terrain compris entre ce fleuve et la frontière prussienne à l’est, la province de Liège au midi et la Gueldre hollandaise au nord. C’était créer un territoire pour Maëstricht.

Sur la rive gauche, on tira une ligne en partant du point le plus méridional du Brabant hollandais, pour aboutir à la Meuse entre Wessem et Stevenswaardt. Tout ce qui se trouva au nord de cette ligne fut attribué à la Hollande. La Belgique ne conserva le reste du Limbourg ainsi démembré qu’en perdant Maëstricht, érigé au sein même de son territoire en poste avancé de la Hollande (art. 4) ; Maëstricht, doublement redoutable comme clé de la Meuse et comme place de guerre, et sans lequel l’indépendance de ce pays ne peut exister que sous l’incessante protection de l’Europe. La part du nouvel état dans la dette fut fixée, sans distinction d’origine, à 8,400,000 florins de rente annuelle, dont le capital devait être transféré, à partir du 1er juillet 1832, du débet de la Hollande au débet de la Belgique (art. 13). Les dispositions de l’acte général du congrès de Vienne, relatives à la libre navigation, furent appliquées aux fleuves et rivières qui traversent les deux états, aussi bien qu’aux canaux et aux eaux intermédiaires entre l’Escaut et le Rhin (art. 9). Enfin, pour compenser, par une servitude au profit de la Belgique, les sacrifices qui lui étaient imposés, on lui maintenait la liberté de ses communications commerciales avec l’Allemagne par les villes hollandaises de Maëstricht et de Sittard. Le gouvernement belge était de plus autorisé à construire à ses frais une route nouvelle, ou à creuser un canal sur le territoire hollandais jusqu’aux frontières prussiennes (art. 12).

Telles sont les dispositions principales de l’acte le plus important qui ait été signé par les grandes puissances depuis le traité de Vienne. Sans nier que la conférence ait résolu le moins mal possible des questions qu’il s’agissait surtout de trancher vite, il suffit de jeter un coup d’ail sur la carte pour se convaincre que ces arrangemens n’ont pas plus de bases rationnelles que de chances de durée. On ne saurait prendre au sérieux ce petit duché de Luxembourg, formé de la partie la plus sauvage de cette province, état d’environ 60,000 habitans, sans commerce, sans industrie, enclavé entre la Belgique et la France, et privé de débouchés vers l’une et vers l’autre ; genre de souverainetés qu’on respecte encore