Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/601

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


cortès, quinze étaient soulevées ; et, enfermé dans les murs de Valladolid, le cardinal Adrien d’Utrecht, nommé régent en l’absence du roi, se trouvait dans une situation tout-à-fait semblable à celle que nous avons vu se reproduire sous nos yeux lors du tête-à-tête de la reine Christine avec les juntes. Charles n’était plus roi d’Espagne que de nom ; mais son ambition était assouvie, il était empereur. Présidées par Tolède, les villes formèrent une ligue offensive et défensive ; et rien n’est plus touchant à lire que les lettres qu’elles s’adressaient l’une à l’autre pour se demander des secours ou s’exhorter à la persévérance. Padilla fut nommé capitaine-général de la Communidad. Sa première démarche fut un coup de génie, il s’empara de la reine Jeanne, et fit publier qu’ayant recouvré sa raison perdue, elle réclamait ses droits au trône d’Espagne ; mais, au lieu de garder son précieux instrument dans une place fortifiée, il fit la faute de choisir, pour résidence, la bourgade ouverte de Tordésillas. Les villes y envoyèrent leurs députés ; une junte fut constituée et rédigea un manifeste au roi où les griefs de la nation espagnole sont longuement énumérés, et ses prétentions courageusement exprimées. Plus de Flamands, y était-il dit ; plus de ces étrangers insatiables qui dévorent la plus pure substance du peuple ; abolition de tous les impôts non consentis par les cortès ; indépendance absolue et organisation des assemblées nationales en trois ordres distincts : bourgeoisie, noblesse et clergé ; convocation obligatoire tous les trois ans ; défense, sous peine de mort, à tout procurador de recevoir aucune faveur de la cour pour lui ou les siens ; défense de publier aucune indulgence sans l’autorisation des cortès. Tels sont les principaux articles de cette mémorable requête. On y demandait encore que les juges eussent un traitement fixe, au lieu de vivre, ainsi que cela se pratiquait, des confiscations infligées par eux, et que la noblesse cessât d’être exempte des taxes et rentrât sous la loi commune.

Loin de faire droit à des prétentions si justes, Charles-Quint, qui était alors à Bruxelles, travailla à détacher la noblesse du parti des communes et à l’attacher au sien. Il n’y réussit que trop ; les intérêts du peuple n’étaient pas ceux de l’aristocratie ; elle se rangea donc tout entière du côté du trône, et la guerre continua avec acharnement. Valladolid était tombée aux mains des communeros, la régence avait été mise en fuite, mais ces