Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/607

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digne d’eux, afin que l’avenir du moins les console des outrages du passé, et que l’Espagne entière puisse venir en pèlerinage à leur tombeau. Eh quoi ! saint Laurent et sainte Agathe, tous les martyrs de l’église, auraient des temples, et saint Jean de Padilla, sainte Marie de Pacheco, les martyrs de la liberté, n’en auraient pas ! Ils n’ont pas même une pierre tumulaire ! Que signifient ces exclusions partiales, et pourquoi de si parcimonieuses rémunérations ? La faiblesse seule est exclusive ; la force au contraire attire à soi toute grandeur, toute beauté ; elle concentre dans son sein puissant, comme en un foyer commun, tous les rayons épars de la vérité. Dieu n’a point parqué la pensée humaine en de si étroites limites ; c’est un champ sans bornes, et les travailleurs qui le fécondent de leurs sueurs ou de leur sang, ont tous des droits égaux à la gratitude des hommes, au respect des générations. La justice est impartiale, universelle, comme le Dieu dont elle émane ; toute barrière arbitraire tombe devant elle ; elle repousse toute distinction jalouse ; son sanctuaire est l’asile de l’égalité. Assise sur cette base immuable, éternelle, la religion de l’avenir ouvrira à tous les portes de son panthéon ; elle aura des couronnes pour tous les martyres, elle aura des autels pour tous les grands hommes ; et quiconque aura vécu, souffert ou péri pour une idée vraie, une sympathie généreuse, celui-là sera réputé saint dans la hiérarchie future.

Calmez donc vos légitimes ressentimens et revenez de votre long exil, ombres sacrées des Padillas ! Le jour des réparations approche, et l’heure de votre triomphe déjà commence à sonner. Venez ; — jamais peuple eut-il plus besoin que votre ingrate patrie de vos leçons et de vos vertus ? — venez à son aide ; pardonnez son oubli, ses outrages, tendez-lui une main magnanime ; entraînez-la dans les nouvelles voies où l’appelle la Providence, et puisqu’elle hésite encore, forcez-la par l’autorité de vos exemples à l’accomplissement de ses destinées.


CHARLES DIDIER