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les embouchures de Silistrie, se voyait menacé dans ses relations, qui s’étendent jusqu’en Asie par le Danube. Or, les quarantaines et les péages établis sur la rive du Danube que les traités avec la Turquie reconnaissent pour la limite de l’empire russe, gênaient singulièrement ces relations. L’Autriche se trouvait donc avoir le même intérêt que la France et l’Angleterre à travailler pour l’évacuation de Silistrie. Cette évacuation a été accordée, comme on sait, par le gouvernement russe ; les péages et les quarantaines du Danube ont été abolis en grande partie, et particulièrement en ce qui gênait la navigation commerciale ; et ce qui est plus, dans une note communiquée aux journaux allemands, le gouvernement russe, a donné dans les termes les plus modérés l’explication des motifs qui avaient fait naître ces établissemens. La discussion pacifique des intérêts, et des intérêts les plus vastes et les plus ardens, a remplacé la menace et les démonstrations d’armement ; et cependant les mers de l’Europe sont couvertes d’innombrables flottes, les empires renferment d’immenses armées permanentes qui semblent protester partout contre cet inébranlable état de paix.

Les sujets de guerre et de division ne manquent pas, il est vrai, et depuis six années, la moitié des états de l’Europe a fourni à l’autre des motifs suffisans pour s’attaquer et s’envahir. La Belgique et la Hollande d’abord, la Pologne, Anvers, Ancône, la Turquie et le détroit du Bosphore, le Portugal et l’expédition de don Pedro ; et maintenant l’Espagne, la Grèce, la Suisse même, qui veut aussi jeter un grain de sable dans la balance des ambitions européennes, ont offert un champ à la discussion ; mais un intérêt qui domine partout les peuples et les trônes écarte tous les germes de division, et réprime tous ces mouvemens partiels. La Grèce subira cette nécessité comme l’Espagne. La situation de la Grèce est cependant bien critique. La France et l’Angleterre ont consenti d’un commun accord à l’émission du premier quart de la dernière série de l’emprunt garanti par les deux puissances, et ont ainsi donné à la paix un gage au moins aussi sûr que la Russie en évacuant Silistrie, que la Prusse et l’Autriche en consentant à retirer leurs troupes du territoire de Cracovie. Quoi qu’il arrive en Grèce, l’Angleterre et la France auront donc prouvé qu’elles voulaient le maintien de l’ordre actuel en ce pays, si on peut appeler ordre ce qui existe en Grèce aujourd’hui ; elles auront prouvé, l’argent à la main (la manière la plus efficace de prouver ses intentions), qu’elles ne cherchent pas à renverser en Grèce un gouvernement qui accorde une grande influence à la Russie et à l’Allemagne. Elles n’ont pas même réclamé contre l’administration de M. d’Armansperg et la présence des troupes allemandes en Grèce, et elles se sont refusées à indiquer des remèdes aux maux de cet état, tant elles ont craint de hâter son agonie ; on ne peut donc douter de leur désintéressement, poussé trop loin peut-être, et de leur fidélité à remplir leurs engagemens, même quand les circonstances en ont changé la nature. Viennent après cela en Grèce les catastrophes que l’on prévoit, la France et l’Angleterre seront en mesure de parler des intérêts de ce pays et d’être écoutées sans qu’on