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amorce aux ambitions par des fonctions publiques largement rétribuées : tout concourt enfin à annuler avec l’influence ministérielle l’importance même des fonctions de ministre, et à consacrer l’omnipotence parlementaire en pratique aussi bien qu’en théorie.

Le sénat belge est élu pour huit ans, l’autre chambre pour quatre années seulement (51). L’un et l’autre se renouvellent ensemble en deux séries, mais peuvent être dissous séparément (51, 55).

Le cens de 1,000 florins imposé aux sénateurs, et l’obligation de résider à Bruxelles sans indemnité, ont, selon l’esprit et le vœu de la constitution, appelé au sénat toutes les notabilités territoriales des provinces. On dirait un conseil général discutant autour d’un tapis vert et sans l’appareil de la tribune, qui est à la pensée politique ce qu’était le masque dramatique à la parole des anciens, et réglant les affaires publiques avec la confiance et l’aplomb de gens qui n’ont pas mal fait les leurs. Pas de phrases, point ou peu d’esprit, une élaboration lente et difficile qui fait deviner la traduction française d’idées conçues en flamand ; mais en revanche une absence complète de prétention, des allures libres et fermes qui nous sont trop étrangères, et qu’on ne trouve pas là sans étonnement et sans plaisir. Si la Belgique est originale par quelques-unes de ses institutions politiques, c’est sans contredit par son sénat. La France donnerait mieux sous d’autres rapports, mais elle ne donnerait pas cela. C’est un fruit indigène qui doit mûrir et qu’il faut cultiver avec grand soin.

Notre pairie est, quoi qu’on puisse dire, une belle chose : il n’est pas de nation en Europe, sans excepter l’Angleterre, qui puisse présenter plus de lumières réunies à plus d’expérience. Tous les régimes et tous les systèmes ont jeté leurs débris sur ce rivage avant de disparaître sous les flots : on dirait l’histoire contemporaine personnifiée et toute vivante. Mais cette pairie n’est quelque chose que par l’éclat qui s’attache au rôle historique et aux antécédens personnels de ses membres. C’est pour cela que l’idée d’en fonder la grandeur et l’avenir sur l’hérédité nous parut toujours stérile et fausse, même sous la restauration, dont le principe lui prêtait une force factice ; c’est pour cela, sans donner bien d’autres raisons plus péremptoires encore, que l’espoir entretenu par quelques hommes de revenir un jour à cette institution sous le régime actuel, nous semble aussi dangereux que chimérique. L’hérédité ne représente rien dans un temps où l’on ne tire son autorité que de soi-même ; comme tous les ressorts portant à faux, elle serait un point d’arrêt pour le pouvoir beaucoup plutôt qu’un point d’appui. Une chambre des pairs dont les membres n’auraient plus, dès la seconde génération, cette auréole que l’homme n’emprunte aujourd’hui qu’aux grandes circonstances qu’il a traversées, serait repoussée par les mœurs autant que par les idées. A cet