Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 6.djvu/673

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


le plus important service de chirurgie, non-seulement de Paris, mais peut-être de l’Europe. Rien n’était mieux organisé que ce service, et le zèle du maître était tel, qu’élèves, infirmiers et sœurs, tous marchaient sur le même pied, tous obéissaient à cette volonté de fer, tous concouraient au même but, la régularité du service et le bien des malades. Les élèves et les sœurs ont pu quelquefois se plaindre de l’excessive sévérité du chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu ; mais tous étaient forcés de reconnaître que ses exigences étaient toujours au profit des malades.

Pendant plusieurs années, son service ne comprenait pas moins de trois cents lits, qu’il visitait un à un, matin et soir, avec une scrupuleuse exactitude, et sans que jamais les malades fussent opérés et pansés par d’autres mains que les siennes. On peut dire que pendant plus de dix ans le peuple de Paris fut soigné à l’Hôtel-Dieu par le plus grand chirurgien de l’Europe, aussi bien et souvent mieux que ne peuvent l’être les malades les plus riches de la société.

Chaque jour, avant cinq heures du matin, M. Dupuytren était à son poste ; quelque empressés que fussent ses élèves, ils avaient beaucoup de peine à arriver avant lui. Rien dans les autres hôpitaux ne peut donner l’idée de ce que l’on voyait alors à l’Hôtel-Dieu, et du caractère imposant que le maître avait imprimé à toutes les parties de son service. Il faisait à voix basse l’appel de ses élèves rangés autour de lui ; chaque absent était impitoyablement noté. Le premier interne était à son poste, la bougie à la main, debout à la tête du premier rang des malades ; M. Dupuytren prenait le tablier qu’on lui présentait, se mettait lentement en marche, les mains derrière le dos, écartant et poussant, par un mouvement d’épaule, la foule qui se pressait autour des lits. Il ne souffrait pas le moindre bruit auprès de lui ; il interrogeait les malades avec douceur, souvent sans les regarder, et l’on était d’abord tenté de croire qu’il les observait avec peu d’attention ; mais l’on était bientôt détrompé par la manière dont il en parlait dans sa leçon à l’amphithéâtre. Il lui suffisait toujours de faire marquer les numéros des malades qui l’intéressaient, pour se rappeler avec précision tous les détails de leur affection. A la seconde rangée de lits, le second interne l’attendait de même pour l’accompagner, l’éclairer, et lui donner les renseignemens nécessaires. Toute la visite se faisait ainsi avec la même régularité