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« Toutes les institutions sociales doivent avoir pour but l’amélioration Morale, intellectuelle et physique de la classe la plus nombreuse et la plus pauvre.

« Tous les privilèges de naissance, sans exception, sont abolis.

« A chacun selon sa capacité, à chaque capacité selon ses œuvres.»


Un vaste élan de prosélytisme suivit l’apparition du Globe des Saint-Simoniens. Les imaginations inquiètes et curieuses, les têtes rêveuses et enthousiastes allèrent vers eux. La religion recruta des poètes, des philosophes, des artistes, des industriels. A cette date se rapportent une foule d’initiations, celles de MM. Raynaud Hoart, Emile Pereire, Mmes Bazard et Saint Hilaire, et successivement, à quelque distance les unes des autres, celles de MM. Lambert, Saint-Chéron, Guéroult, Charton, Cazeaux, Dugueit, et plus tard encore, Stéphane Flachat-Mony. Nous ne citons que les noms de quelque intérêt. En revanche, la religion fit alors une perte, celle de M. Eugène Rodrigues, enfant chaste et naïf, mort trop vite pour sa gloire, théosophe enthousiaste qui laissa toute son ame dans ses Lettres à Burns sur la politique et la religion. Comme, vers ce temps, les initiés étaient devenus trop nombreux pour qu’ils pussent tous forcer à la fois les portes du collège, on établit, comme une sorte de noviciat, deux collèges préparatoires du troisième et du second degré, se déversant l’un dans l’autre, et formant ainsi deux pépinières où se recrutait le grand et suprême collège. Cette ère de propagande ascendante se résuma par la constitution définitive de la famille, et par son installation dans la rue Monsigny. Ainsi l’association était introduite dans la vie bourgeoise. On avait fondé le ménage à frais communs, la famille en grand pour le monde, la famille en petit pour Saint-Simon ; un spécimen de l’humanité future.

Au dehors pourtant, la religion faisait du bruit et presque du scandale. Diverses voies avaient été simultanément ouvertes à l’apostolat. Prédications, missions, brochures, polémique quotidienne, tout rayonnait au loin dans un but de propagande. Sous la direction de MM. Hyppolite Carnot et Dugied, l’enseignement avait été ouvert dans quatre locaux différens : à la salle Taitbout, à l’Athénée, dans la rue Taranne et dans la rue Monsigny. D’hebdomadaires, les prédications étaient devenues quotidiennes ; on les appropriait à l’intelligence de l’auditoire ; on les faisait vulgaires et