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HOMMES D’ÉTAT DE LA GRANDE-BRETAGNE.

c’était là, disait-il, le seul mode constitutionnel de résistance à un gouvernement dangereux, le seul auquel il dût céder. Mais les whigs avaient beaucoup trop de sagacité pour lui donner cette satisfaction. Ils savaient que sur une pareille question, l’échec le plus léger leur serait un coup fatal. Dix ou quinze membres, les plus timides, les plus indécis, passeraient peut-être du côté du ministère, et dès ce moment commencerait son triomphe. Soutenu par l’influence de la cour, de la noblesse et des classes riches, il ne lui fallait qu’une seule victoire de ce genre pour obtenir une autorité absolue, illimitée. C’est pourquoi les whigs aimèrent mieux continuer leur guerre d’escarmouches sur des questions particulières ; ils engageaient la discussion sur les sujets où ils savaient pouvoir disposer d’une majorité infaillible, et par cette tactique à la Fabius, ils réduisirent enfin au désespoir leur prudent adversaire. La dernière lutte eut lieu sur l’éternelle question de l’appropriation, qui est aujourd’hui aussi loin qu’il y a trois ans, d’une solution définitive. C’est la proposition faite par le parti réformiste d’appliquer une partie des revenus de l’église anglicane, en Irlande, aux besoins de l’instruction publique dans ce pays. La tactique habituelle des tories, à l’égard de cette question, consiste à nier l’existence d’un excédant quelconque applicable à cet objet. Réponse évasive et même nulle ; car s’il est vrai, comme le démontrent surabondamment les enquêtes statistiques, qu’un grand nombre de paroisses où sont établis et rémunérés des prêtres de la communion protestante, ne renferment pas une seule famille de cette communion, il n’y a pas de sophisme au monde qui puisse empêcher de conclure que certainement il existe des fonds appliqués à l’église protestante, et parfaitement inutiles au culte protestant. Cependant cette question, depuis le bill de réforme, a toujours été l’experimentum crucis, le criterium absolu pour distinguer un conservateur d’un réformiste. Sir Robert Peel fit de l’appropriation une question de cabinet, et la choisit, sans aucun doute, comme un prétexte honorable pour se retirer ; car il savait bien que sur ce point, la majorité était inflexible. Le discours qu’il prononça sur ce sujet, le dernier jour de la discussion, qui dura quatre jours, est cité avec raison comme un des morceaux les plus achevés de son éloquence. Après un long exposé de ce qu’il représentait comme l’état réel de l’église anglicane en Irlande, après avoir retracé les opinions exagérées, touchant les revenus de cette église, et la malice des ennemis du protestantisme, il attaqua les whigs, les hommes du juste-milieu, avec un sarcasme sévère et mordant. Ils faisaient, dit-il, profession de maintenir le prin-