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que la société gagne en améliorations souvent incomplètes et inachevées. L’administration égyptienne pèche par cette excessive mobilité. Mohammed-Ali, homme d’activité et de désir, façonne sans cesse dans ses mains absolues ce système qui est son ouvrage, si bien qu’il est impossible d’en dresser la carte précise, et que le tableau qu’on en ferait aujourd’hui devrait être refait demain.

Frappés de cette instabilité, quelques Européens ont cherché récemment, par leurs conseils, à introduire dans l’administration égyptienne l’élément de régularité et de fixité, et même l’élément de statistique. Une sorte d’état civil vient d’être organisé ; les cheyks de justice ou de religion, qui déjà, comme nous l’avons vu, dressent les actes de mariage et de divorce, ont reçu l’ordre du gouvernement, dans toutes les villes et tous les villages d’Égypte, de tenir des registres de naissance et de décès. Dans l’exercice de ces fonctions, les cheyks ressortiront des moudirs et des maimours ; c’est encore une prépondérance de l’autorité militaire sur l’autorité civile et religieuse, et ce secret motif a sans doute aidé à l’adoption de ce projet. Tous les décès devront être déclarés à l’autorité, et les cadavres ne pourront être enlevés qu’avec sa permission. La facilité de punir les contrevenans donnera quelque exactitude au chiffre des décès ; mais les déclarations de naissance seront moins complètes ; les riches, qui ont des harems, ne seront pas bien aises de divulguer ainsi leur paternité, et l’exécution de la mesure éprouvera des difficultés peut-être insurmontables.

Les inhumations dans les villes sont prohibées. D’après une ancienne coutume, les musulmans qui possédaient quelque fortune, achetaient le privilège d’être ensevelis à Imân-Châfi, dans le Delta ; le gouvernement a ordonné l’abolition de cet usage, et dorénavant tous ceux qui mourront de l’autre côté du fleuve y recevront la sépulture. Les chrétiens ne pourront plus être enterrés au Vieux-Kaire. Ces mesures hygiéniques, qui semblent inspirées par le travail du docteur Pariset sur les causes de la peste en Égypte, ont été combinées avec la suppression des deux okels les plus sales du Kaire, que l’on pouvait regarder comme deux foyers permanens d’infection. L’un, l’okel du fissir, ou poisson salé, a été transporté à un quart de lieue en-deçà de Boulak ; l’autre, l’okel du marché des esclaves noirs, a été placé à un quart d’heure au-dlà du Vieux-Kaire. L’apalte de la boucherie a été supprimée ; mais on ne pourra tuer les bêtes qu’aux abattoirs désignés par le gouvernement, qui conservera seul le droit d’acheter les peaux.

Tant qu’on s’est tenu dans la limite de semblables détails, les améliorations proposées ont été aisément agréées ; mais on a voulu aller plus loin, et toucher à l’œuvre même de Mohammed-Ali, pour lui donner une sorte de régularité constitutionnelle. Il existe un conseil chargé de l’examen des affaires administratives, agricoles et industrielles, avec lequel correspondent les nazirs, les chefs des départemens et des provinces. On a proposé de modifier et d’étendre les attributions et l’organisation de ce conseil ; il devait être composé