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engagée dès à présent entre le pouvoir et la nation une tournure plus fâcheuse pour le Hanovre.

Quelque temps après la promulgation de l’ordonnance royale du 1er novembre, qui a définitivement rétabli les états de 1819, c’est-à-dire substitué le régime consultatif à la monarchie parlementaire, sept des plus illustres professeurs de l’université de Goettingue, qui envoie un député à l’assemblée des états, ont déclaré, par une protestation adressée au curatoriat universitaire, que leur conscience ne leur permettait de prendre aucune part à l’élection du député qui serait à nommer, et qu’ils entendaient y rester étrangers. À peine signée, cette protestation se répandit en Allemagne et fut aussitôt rendue publique par la voie de la presse dans plusieurs pays voisins du Hanovre, où la question constitutionnelle excite le plus vif intérêt. Trois des signataires, MM. Dahlmann, Jacob Grimm et Gervinus, avaient principalement travaillé à la propager, et cette circonstance vient de les faire bannir du royaume, tandis que les autres ont été seulement suspendus de leurs fonctions. Mais le mal ne s’est pas arrêté là. Un autre incident est venu achever de porter le trouble dans l’université de Goettingue et l’a entièrement désorganisée.

Le roi avait reçu le 30 novembre, à Rothenkirchen, maison de campagne où il a passer quelques jours, après son voyage dans les provinces, une députation de l’université, composée du prorecteur et de quatre professeurs, qui lui adressa les félicitations d’usage sur son avènement à la couronne, et les journaux du Hanovre en parlèrent d’abord sans y attacher la moindre importance. Mais ensuite la Gazette officielle publia un discours qui aurait été prononcé à cette occasion par le chef de la députation universitaire, et dans lequel celui-ci blâmait ouvertement la protestation du septemvirat (c’est le nom que les élèves ont donné aux sept professeurs). Or, il paraît que ce discours n’a pas été prononcé tel que l’a rapporté la Gazette de Hanovre, que le protecteur s’est abstenu d’y blâmer la démarche de ses collègues, et que s’il l’avait fait, il aurait parlé contre le vœu de l’université presque toute entière. C’est ce que plusieurs professeurs, au nombre desquels se trouve le célèbre Ottfried Müller, ont publiquement déclaré, en s’associant par là même à la protestation des sept autres. Il en est résulté que la plupart des cours sont fermés, et que les étudians, maltraités par les troupes royales à l’occasion des témoignages de sympathie qu’ils ont donnés à leurs professeurs, sont retournés chez eux, propager dans tout le royaume, et même dans toute l’Allemagne, la douloureuse sensation produite par ces maladroites violences.

Le roi de Hanovre et M. de Scheele se sont embarqués là, dans une entreprise bien hasardeuse, et pour un bien mince intérêt. Les résistances se multiplient de tous côtés. Les municipalités des villes protestent contre le serment de foi et hommage qu’on leur impose, et ne le prêtent qu’avec des restrictions offensantes pour le gouvernement qui l’ordonne. On se prépare ainsi à une campagne plus sérieuse dans le sein de la seconde chambre des états, et malgré tout le flegme des Allemands, les choses pourraient aller fort loin. Le peuple hanovrien se sentira soutenu par l’opinion publique de toute l’Allemagne constitutionnelle, et, ce qui est d’ailleurs un fait bien remarquable sous d’autres rapports, il lui arrive des encouragemens du Schleswig et du Holstein, provinces danoises de langue allemande, qui témoignent ainsi de leur inébranlable attachement à la nationalité germanique.

Ce qui encourage sans doute l’ex-duc de Cumberland à consommer l’expé-