Page:Revue des Deux Mondes - 1838 - tome 13.djvu/124

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Charles, demandé par courrier des instructions au général Colborne, commandant militaire de la province, l’officier chargé de porter la réponse tomba entre les mains des insurgés, à peu de distance de Montréal ; et quand Wetherall, qui ne pouvait se maintenir dans le village ruiné de Saint-Charles, se replia en arrière, il fut obligé de disperser des bandes d’insurgés qui voulaient lui disputer le passage. C’est dans cette retraite qu’il a enlevé aux patriotes deux petits canons montés sur des charrettes, les seuls qu’ils parussent avoir. Mais ils ne manquent pas de poudre, comme l’atteste le feu bien nourri qu’ils ont entretenu contre les Anglais à Saint-Denis et à Saint-Charles.

Voilà donc la guerre engagée dans le Canada. Le gouvernement anglais ne reculera certainement pas, et sera soutenu sur cette question par une immense majorité dans les deux chambres du parlement. Le député radical de Westminster, M. Leader, demandant hautement la séparation, n’a trouvé aucune sympathie dans la chambre des communes ; et, malgré les ménagemens obligés du ministère de lord Melbourne pour les radicaux, ses organes habituels dans la presse, toujours plus libéraux qu’il ne l’est lui-même, ont fort maltraité M. Leader pour son apologie de la rebellion des Canadiens. Il faut ajouter que MM. Leader, Roebuck et Hume, ardens défenseurs de M. Papineau, viennent de perdre leur interprète quotidien, le journal le True-Sun, et ne disposent plus que d’un ou deux recueils hebdomadaires.

Nous croyons à priori que les Canadiens-Français ont des grifs réels et sérieux contre l’administration coloniale. Il s’était depuis long-temps établi entre les deux chambres du parlement provincial du Bas-Canada, la chambre d’assemblée, composée presque entièrement de Français, et le conseil législatif, nommé par le parlement, une lutte qui devait se rattacher à des intérêts positifs, sur lesquels les deux partis étaient en dissidence. Mais on doit reconnaître que le gouvernement anglais ne peut pas abandonner les colons d’origine anglais, qui ont compté sur sa constante protection, d’autant plus que le Haut-Canada, qui est tout anglais, ne remuant pas, si la province inférieure devenait indépendante, les relations de la métropole avec la colonie seraient à la merci d’un état rival, et maître du Saint-Laurent sur une grande partie de son cours jusqu’à son embouchure.

Ce sera la première question soumise au parlement lors de sa très prochaine réunion, qui est fixée au 16 janvier, car l’insurrection canadienne est précisément le motif qui a fait prononcer un ajournement de si peu de durée. Lord Stanley jouera un des principaux rôles dans la discussion qui ne peut manquer de s’engager aussitôt sur les affaires du Canada. C’est sous son administration, comme secrétaire des colonies, que se sont développés les évènemens qui aboutissent à la crise actuelle, et s’il n’est pas entièrement de l’avis du ministère sur tous les détails de la question, il partagera au moins avec lui les fatigues de la guerre contre les radicaux.

Jusqu’à ces derniers temps, les ordonnances du roi de Hanovre contre la constitution de 1833, et tous les changemens qu’il introduit dans l’administration supérieure de ses états, n’avaient entraîné aucune violence contre les personnes, et la résistance se bornait dans le pays à discuter paisiblement la question constitutionnelle, soulevée par le premier acte du nouveau souverain, la fameuse patente d’avènement du 5 juillet. Mais à mesure que les vues du roi se développent, et que les mesures destinées à les réaliser sont mises à exécution, les évènemens prennent un caractère plus grave, la résistance une attitude plus décidée, toutes les conséquences de la sourde lutte