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exerçons le pouvoir exécutif sous le nom de consuls ; il n’y a pas besoin d’autre autorité dans le gouvernement. » - M. Rœderer transmit ce vœu à Sieyès, qui lui répondit : — « Le général Bonaparte, consul et général, entre Roger Ducos et moi, n’a qu’un coup de coude à donner pour nous mettre de côté. » - Il le chargea en même temps d’annoncer à son irrésistible collègue qu’il bornait son ambition à entrer dans le sénat.

Quel était le rôle destiné à M. Rœderer, sous ce régime nouveau qui avait non-seulement à pacifier les partis, mais à réorganiser la société dissoute, en l’asseyant sur la base profonde de l’égalité civile, à fortifier l’esprit de liberté par l’esprit de discipline, et à donner à la France révolutionnaire la science du gouvernement, l’habitude des grandes entreprises et une longue possession de la gloire ? M. Rœderer, doué d’un esprit inventif et organisateur, pouvait être un utile auxiliaire pour le premier consul, qui ne mit pas seulement alors au service de la France son propre génie, mais les rares facultés et la pratique supérieure de tous ces hommes qui, s’étant mesurés aux choses du premier ordre, se réduisirent avec une puissance dès-lors plus grande aux choses du second. Bonaparte comprit tout le parti qu’il pourrait tirer de M. Rœderer. Il avait d’abord voulu le faire consul avec Cambacérès pour que l’un représentât la constituante et l’autre la convention dans le gouvernement nouveau, que l’un en fût le légiste et l’autre l’administrateur, tandis qu’il en resterait lui-même le chef politique et le défenseur militaire. Mais il avait été arrêté par le nombre des ennemis de M. Rœderer, et il s’était borné à prendre, sur sa désignation même, Lebrun, son ancien collègue à l’assemblée constituante, comme troisième consul. Lorsque la liste des trente et un premiers sénateurs fut formée par Sieyès et Roger Ducos, ceux-ci y comprirent M. Rœderer. Le premier consul était seul avec lui au moment où il reçut cette liste. — « N’acceptez pas votre nomination, dit-il à M. Rœderer ; qu’iriez-vous faire là ? Il vaut mieux entrer au conseil d’état. Il y a là de grandes choses à faire. »

M. Rœderer se laissa facilement persuader, et il fut nommé, quelques jours après, membre du conseil d’état et président de la section de l’intérieur où se trouvaient Ies hommes éminens et où avait été même placé le frère aîné du premier consul, Joseph Bonaparte. Ce fut un grand moment pour M. Rœderer. Il travailla, sous l’impulsion du premier consul, à la pacification des partis et à la réorganisation de la France Cinquante-neuf des membres les plus exaltés du conseil des