Page:Revue des Deux Mondes - 1839 - tome 19.djvu/139

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jusqu’au 9 mars 1839, jour de la signature du traité. Il s’agit donc de savoir si l’amiral Baudin était autorisé par les instructions de M. Molé à se dessaisir des gages qu’il avait ordre de prendre, ou si depuis, quelque dépêche l’autorisait à agir ainsi. Pour les instructions, la commission les connaît, et elle a déclaré à la chambre, par un de ses membres, qu’elles étaient fermes et dignes à la fois. Le dernier reproche de la commission porte donc sur les dépêches du 10 novembre 1838 au 9 mars 1839, dépêches qu’elle ne connaît pas, dit-elle, et si elle ne les connaît pas, comment peut-elle en faire la base d’un reproche ?

Nous demanderons aussi comment il se fait que le ministère n’ait pas jugé à propos de donner un mot d’explication à la commission à cet égard. Nous concevons, sans toutefois l’approuver, cette humeur peu courtoise de quelques membres du cabinet actuel contre l’administration du 15 avril. C’est ce sentiment, peu politique d’ailleurs, qui a dicté à M. le maréchal Soult la courte réponse qu’il a faite à la tribune. — Tout ce qui se rapporte à la négociation avec le Mexique, a-t-il dit, appartient exclusivement au cabinet du 15 avril. Nous sommes bien sûrs que le cabinet du 15 avril en accepte toute la responsabilité, et qu’il ne désavouera pas publiquement ses agens, diplomates ou marins, même s’ils avaient dépassé leurs instructions. Les ministres du 15 avril savent que le gouvernement est responsable, non-seulement de ses actes, mais encore de ses agens, et d’ailleurs, un officier aussi distingué que l’amiral Baudin n’agit pas sans des motifs puissans, dont il peut ouvertement rendre compte à la France. Mais le cabinet du 12 mai agit-il bien loyalement en laissant croire que ses prédécesseurs ont donné une autorisation dont il serait impossible de trouver la moindre trace dans les instructions et les dépêches ? Les instructions, nous le répétons, ne laissent aucun doute, la commission de la chambre les a lues et elle en a rendu compte. Restent donc les dépêches. N’existe-t-il aucune dépêche du gouvernement à l’amiral Baudin depuis le 10 novembre 1838 jusqu’au mois de mars 1839 ? Et s’il en existait ; si ces dépêches successives recommandaient expressément à l’amiral Baudin de ne pas accepter la médiation du ministre anglais, M. Packenham, tant que les forces navales de sir G. Paget n’auraient pas été éloignées du golfe du Mexique, car ce serait abaisser la dignité de la France ; si elles lui recommandaient encore de n’accepter, en aucun cas, l’arbitrage de l’Angleterre, mais seulement sa médiation qui pouvait être acceptée après la prise de la Véra-Cruz, quand nous avions fait sentir aux Mexicains la force de nos armes ; si elles lui recommandaient de plus de ne se dessaisir en aucun cas de son gage, qui était le prix du sang français, avant le paiement de tous les termes de l’indemnité ; si ces recommandations expresses se trouvaient écrites dans des dépêches adressées à l’amiral, de la main même du chef du cabinet du 15 avril, que devrait-on penser du chef et des membres du cabinet du 12 mai, qui, en possession de ces dépêches, auraient laissé leurs prédécesseurs sous le coup des reproches de la commission de la chambre ? Dira-t-on que M. le maréchal Soult pouvait ignorer l’existence de ces dépêches ? Mais si M. le maréchal Soult