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à l’extrémité de la perspective ; ainsi ces ruines semblent encore se défier, d’un bout à l’autre de l’horizon, comme les deux rivales dont Jupiter et Minerve étaient autrefois les divinités protectrices. On présume avec raison que les marbres trouvés sous les décombres du Panhellénion faisaient partie des deux frontons de ce temple. La date de ces statues dépend évidemment de celle de l’édifice auquel elles appartiennent.

Lorsque Pausanias visita Égine, on lui dit que le Panhellénion avait été fondé par Éaque. A en croire les habitans, tout ce qui existait dans leur île remontait jusqu’à ce prince ; ainsi c’était lui qui l’avait entourée d’écueils pour la préserver des pirates. Il est certain que Jupiter avait été adoré sur la colline panhellénienne dès les temps les plus reculés, probablement même, comme nous l’avons dit, à l’époque qui précéda l’arrivée de la colonie hellénique d’Éaque. Mais le temple qui s’élevait dans le même endroit au temps de Pausanias, et dont on voit encore les restes, ne saurait avoir été construit au siècle des Pélasges, ni à celui des Achéens. L’architecture en est dorique, et fort éloignée de ce dorique primitif dont on a trouvé des exemples à Corinthe et à Sicyone. Les proportions élégantes, les colonnes plus élancées reposant sur un stylobate plus haut, indiquent une époque d’un goût avancé qui vise déjà plus à la beauté qu’à la force. La construction du Panhellénion a dû précéder de peu d’années celle du Parthénon ; toutes les convenances de l’art et de l’histoire s’accordent pour la placer immédiatement après la guerre des Perses. Le colosse d’or et d’ivoire qui ornait l’intérieur du sanctuaire avait probablement été fait avec le butin de Salamine et de Platée. Le temple, ainsi rebâti sur les fondemens pélasgiques de l’ancien édifice d’Éaque, avait alors changé, selon la conjecture fort admissible de M. Mueller, son nom d’Hellénien pour celui de Panhellénien, qui est, pour ainsi dire, un hommage rendu à la fraternité et à la délivrance de tous les Grecs.

Sur l’objet représenté par les statues qui ornaient les frontons de ce temple, M. Mueller repousse complètement l’opinion des archéologues bavarois. Il y voit la représentation pure et simple des combats récens des Grecs avec les Perses ; les autres y reconnaissent, au contraire, comme M. Fauvel l’avait déjà dit à M. Pouqueville, des évènemens de l’époque héroïque, relatifs aux Éacides, et particulièrement le combat qui eut lieu autour du corps de Patrocle, dans lequel Ajax fut vainqueur, et où Minerve secourut les Grecs. J’écarte tout d’abord la conjecture de M. Mueller par une raison qui me paraît