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Juifs, et l’inquisiteur et son complice s’en vont, selon l’expression d’un écrivain du temps, le bec ouvert, comme le corbeau de la fable [1].

Hoocstate furieux accusa d’hérésie le rapport écrit de Reuchlin et le fit brûler. Reuchlin envoya sa défense à l’empereur et au pape, lequel commit l’évêque de Spire pour examiner l’affaire. L’évêque nomma des juges, qui se prononcèrent en faveur de Reuchlin. Les moines de Cologne, qui faisaient cause commune avec l’inquisiteur, ne se tinrent pas pour battus. Ils en appelèrent au pape ; mais Reuchlin avait plus de défenseurs à Rome qu’en Allemagne. Pendant que le saint siège examine de nouveau l’affaire, Érasme, Ulrich Hutten, écrivent pour Reuchlin. Les moines répondent du haut de la chaire par des excommunications, et font colporter des images injurieuses où figurent Reuchlin, Érasme et Hutten. L’affaire durait encore en 1517 ; mais la querelle des indulgences fit oublier celle des moines de Cologne.

Au fond, c’était la même ; la réforme était au bout de toutes les questions. Le vieux catholicisme monacal, celui dont ne veut pas Bossuet lui-même, barrant alors toutes les voies de l’esprit humain, il fallait bien que toute curiosité, toute résistance, tout savoir, le rencontrât et l’attaquât. Tout était bon pour commencer la guerre, parce que tout menait devant l’ennemi. Une chicane de bibliographie ou de grammaire aurait, à défaut d’autres, soulevé l’immense question de la réforme ; tous les hommes étant mûrs pour la traiter et la résoudre, il eût suffi du projet de cet autodafé simoniaque pour y amener l’Allemagne, si les scandales de la vente des indulgences ne l’eussent pas posée publiquement, et comme affichée à tous les carrefours et aux portes de tous les couvens.

Melanchthon aida Reuchlin dans sa querelle ; il copiait les écrits que celui-ci composait pour sa défense, mais en copiste auquel on donne le droit d’ajouter ou de retrancher. Tantôt il allait à Stuttgard, où habitait Reuchlin ; tantôt c’était le tour de Reuchlin de venir à Tubingue, où, après avoir parlé de l’affaire principale, il passait de douces heures à s’entretenir avec Melanchthon de leurs communes études. Quelquefois Melanchthon lui amenait de ses camarades ; on visitait la bibliothèque, après quoi on allait jouer dans le jardin. Reuchlin, qui aimait la compagnie des jeunes gens, les traitait avec

  1. Oratio de Joanne Capnione. (Orationes Melancthonis, tom. III).